‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 217 sur 340 · LES RELIQUES · texte numérisé non relu

LES RELIQUES

Am : Donnez -vous la peine d'allendre.

D'un saint de paroisse en crédit,

Sfiul un soir je baisais la châsse.

Vii'nt un bon vieillard qui me dit :

Venx-tu qu'il parle? — Oh I oui, de grâce.

Oui , dis-je ; et me voilù béant ;

Voilà qu'il fait des croix magiques;

Voilà le saint sur son séant,

Qui dit, d'un ton de mécréant :

«t Dévots, baisez donc mes reliques;

« Baisez, baisez donc mes reliques. »

■t Baisez , sous ce dais de velours , a La sainte qu'on priera dimanche.

« C'est une juive, mes amours, « Dont l'œil fut noir et la peau blamlie. " Grâce à ses charmes réprouvés , " Dix prélats sont morts hérétiques, « Vingt moines sont morts énervés.

« Trouvez mieux si vous le pouvez.

1 Dévots, baisez donc ses reliques; « Baisez, baisez donc ses reliques.

Il rit, ce squelette incivil.

Il rit à s'en tenir les côtes.

o Depuis huit siècles, poursuit-il,

o Je grille en enfer pour mes fautes ;

f Mais un prêtre au nez bourgeonné,

0 Pour mieux dimer sur ses pratiques,

1 Par un tour bien imaginé

" Fit un saint des os d'un damné.

« Dévots , baisez donc mes reliques ; « Baisez, baisez donc mes reliques.

« Près d'elle est un vieux crâne étroit ; o Baisez ce saint d'une autre espèce.

<t Jadis, de larron maladroit « Il devint bourreau plein d'adresse.

c Nos rois, pour se bien divertir, " L'occupaient aux fêtes publiques.

« Hélas! je lui dois, sans mentir, «t L'honneur de passer pour martyr, a Dévots, baisez donc ses reliques; a Baisez , baisez donc ses reliques.

" De mon temps, je fus bateleur,

« Ribaud, filou, témoin à gage.

« Puis, en grand m'étant fait voleur,

« J'eus d'un baron mœurs et langage.

» De leurs châsses, dans mes larcins,

<r J'ai dépouillé des basiliques.

« Au feu j'ai jeté de bous saints.

« Du ciel admirez les desseins!

« Dévots, baisez donc nu's rrliqucs;

« Baisez, baisez donc lues reliques.

« Sous les noms de pieux patrons, « Ainsi nos corps, mis en spectacle, « Font pleuvoir l'argent dans les troncs ; « C'est là notre plus grand miracle.

a Mais du diable j'entends le cor.

o Bonsoir, messieurs les catholiques. »

Il se recouche, et vole encor Sur l'autel uu crucifix d'or.

Dévots, baisez donc des reliques!

Baisez, baisez donc des relique^!

CHANSONS PF ETRANGER

LES CINQ pyrACrES

Am : Piin? rclli' m:ii^oii ;') (piiii?!? ans. oh JV'lais Iton chasseur autrofois

Dans la soupente du portier Je naquis au rez-de-chaussée.

Par tous les laquais du quartier, A quinze ans, je fus pourchassée.

Mais bientôt un jeune seigneur M'enlève à leur doux caquetage.

Ma vertu me vaut cet honneur, Et je monte au premier étage.

-110 CHANSONS DE BÉRANGER

Là, dans un richr appartement,

Mes mains deviennent des plus blanches;

Grâce à l'or de mon jeune amant,

Là, tous mes jours sont des dimanches.

Mais, par trop d'amour emporté,

Il meurt. Ah 1 pour moi quel veuvage !

Mes pleurs respectent ma beauté,

Et je monte au deuxième étage.

Là, je trompe un vieux duc et pair Dont le neveu touche mon âme :

Ils ont d'un feu payé bien cher, L'un la cendre , et l'autre la flamme.

Vient un danseur : nouveaux amours ; La noblesse alors déménage.

Mon miroir me sourit toujours.

Et je monte au troisième étage.

Là, je plume un bon gros Anglais Qui me croit et veuve et baronne ; Puis deux financiers vieux et laids ; Même un prélat, Dieu me pardonne !

Mais un escroc que je chéris

Me vole en parlant mariage.

Je perds tout; j'ai des cheveux gris,

Et je monte encore un étage.

Au quatrième, autre métier :

Des nièces me sont nécessaires.

Nous scandalisons le quartier.

Nous nous moquons des commissaires Mangeant mon pain à la vapeur, Des plaisirs je fais le ménage.

Trop vieille, enfin je leur fais peur.

Et je monte au cinquième étage,

Dans la mansarde me voilà.

Me voilà pauvre balayeuse.

Seule et sans feu, je finis là Ma vie au printemps si joyeuse.

Je conte à mes voisins surpris Ma fortune à différents âges , Et j'en trouve encor des débris En balayant les cinq étages.

CHANSONS DE BEKANGEK

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