‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 216 sur 340 · LAIDEUR ET BEAUTÉ · texte numérisé non relu

LAIDEUR ET BEAUTÉ

Am : C'est à mon niaîLrc en l'url do plaire.

Sa trop grande heautc m'obsède ; C'est un masque aisément trompeur.

Oui, je voudrais qu'elle fût laide, Mais laide, laide à faire peur.

Belle ainsi faut-il que je l'aime !

Dieu, reprends ce don éclatant; Je le demande à l'enfer même :

Qu'elle soit laide et que je l'aime autant.

A ces mots m'apparait le diable ; C'est le père de la laideur :

«Rendons-la, dit-il, effroyable; « De tes rivaux trompons l'ardeur.

« J'aime assez ces métamorphoses.

« Ta belle ici vient en chantant :

ï Perles, tombez; fanez-vous, roses.

" La voilà laide, et tu l'aimes autant.

« — Laide! moil» dit-elle, étonnée.

Elle s'approche d'un miroir.

Doute d'abord, puis, consternée, Tombe en un morne désespoir.

" Pour moi seul (u jurais de vivre r ,

Lui dis-je, à ses pieds me jetant :

I A mon seul amour il te livre.

« Plus laide encor, je t'aimerais autant. »

Ses yeux éteints fondent en larmes ; Alors sa douleur m'attendrit : « Ah ! rendez , rendez-lui ses charmes. « — Soit! » répond Satan qui sourit.

Ainsi que naît la fraîche aurore.

Sa beauté renaît à l'instant.

Elle est, je crois, plus belle encore; Elle est plus belle, et moi je l'aime aiit.int.

AMte, au miroir elle s'assure Qu'où lui rend bien tous ses appas ; Des pleurs restent sur sa figure.

Qu'elle essuie en grondant tout bas.

Satan s'envole , et la cruelle Fuit et s'écrie en me quittant :

« Jamais fille que Dieu fit belle « Ne doit aimer «jui peut l'aimer autant. »

CHANSONS DE BERANGER

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