‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 236 sur 340 · LES ORANGS-OUTANGS · texte numérisé non relu

LES ORANGS-OUTANGS

Am : Un ancien piuvërbe nous ilU, ou de Cal|iigi.

Jadis, si i"on un croit Ésope,

Les orangs-oulaugs de l'Europe

Parlaient si bien, que d'eux, hélas!

Nous sont venus les avocats.

Un des leurs , à son auditoire

Dit un jour : « Consultez riiistoirc ;

I Messieurs, rhoniine fut en tout temps

a Le singe des orangs-outangs.

« L'homme a vu chez nous une armée o: D'un centre et d'ailes bien formée, « Ayant, sous les chefs les meilleurs, « Garde, avant-garde et tirailleurs.

CI Ils n'avaient pas mis Troie en cendre , c Que nous comptions vingt Alexandre.

<i Messieurs, l'homme fut en tout temps <i Le singe des orangs-outangs.

H Oui; d'abord, vivant de nos miettes, « Il prit de nous l'art des cueillettes; « Puis , d'après nous , le genre humain « Marcha droit, la canne à la main.

» Même avec le ciel , qui l'effraie , "; Il use de notre monnaie.

« Messieurs, l'homme fut en tout temps " Le singe des orangs-outangs.

o Avec bâton , épce ou lance ,

d Tuer est l'art par excellence.

" Nous l'enseignons. Or, dites-moi,

0 Pourquoi l'homme est-il notre roi?

« Grands dieux ! c'est fait pour rendre impie

« Votre image est notre copie.

« Oui, dieux, l'homme fut en tout temp^

« Le singe des orangs-outangs. »

o II prend nos amours pour modèles ;

a Mais nos guenons nous sont fidèles.

o Sans doute il n'a bien imité

« Que notre cynisme ellronté.

« C'est chez nous qu'à vivre sans gène

a S'instruisit le grand Diogène.

« Messieurs, l'homme fut en tout temps

» Le singe des orangs-outangs.

Quoi! dit Jupin, à mes oreilles, Toujours singes, castors, abeilles, Crieront : C'est un ours mal léché, Votre homme! où l'avez-vous pèche?

Tout sot qft'il est, il me cajole.

Otons aux bêtes la parole ; Car l'homme encor sera longtemps Le singe des orangs-outangs.

CHANSONS DE BERANGER

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