‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 237 sur 340 · LES FOUS · texte numérisé non relu

LES FOUS

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Vieux soldats de plomb que nous sommes, Au cordeau nous alignant tous, Si des rangs sortent quelques hommes, Tous nous crions : A bas les fous !

On les persécute, ou les tue; Sauf, aprùs un lent examen , A leur dresser une statue , Tour la gloire du genre humain.

CHANSONS DE BERANGER

Combien de temps une pensée, Vierge obscure, attend son époux!

Les sots la traitent d'insensée ; Le sage lui dit : Cachez-vous.

Mais, la rencontrant loin du monde.

Un fou qui croit au lendemain L'épouse; elle devient féconde Pour le bonheur du genre humain.

J'ai vu Saint-Simon le prophète , Riche d'abord, puis endetté.

Qui des fondements jusqu'au faîte Refaisait la société.

Plein de son œuvre commencée , Vieux, pour elle il tendait la main, Sur qu'il embrassait la pensée Qui doit sauver le genre humain.

Fouricr nous dit : Sors de la fange, Peuple en proie aux déceptions !

Travaille, groupé par phalange.

Dans un cercle d'attractions.

La terre, après tant de désastres, Forme avec le ciel un hymen , Et la loi qui régit les astres Donne la paix au genre humain.

Enfantin affranchit la femme.

L'appelle à partager nos droits.

Fi ! dites-vous ; sous l'épigramme Ces fous rêveurs tombent tous trois.

Messieurs, lorsqu'en vain notre sphère Du bonheur cherche le chemin.

Honneur au fou qui ferait faire Un rêve heureux au genre humain I

Qui découvrit un nouveau monde ?

Un fou qu'on raillait en tout lieu.

Sur la croix , que son sang inonde ,

Un fou qui meurt nous lègue un Dieu.

Si demain , oubliant d'éclore ,

Le jour manquait, eh bien, demain

Quelque fou trouverait encore

Un flambeau pour le genre humain.

CHANSONS DE BERANGER

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