‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 249 sur 340 · L'ORPHÉON · texte numérisé non relu

L'ORPHÉON

r.RTTRF. A II. WII.HKM, AUTEUR DE LA NOUVELLE MÉTIIOPE DE L'ENSEIGNEMENT Ml'SlCAL APRÈS LA DERNIÈRE SÉANCE DE l'ORPIIÉON DE IS'il

Air

Mon vieil ,inii, ta gloire est grande Grâce à tes merveilleux efforts, Des travailleurs la voix s'amende Et se plie aux savants accords.

D'une IV'O ;is-tu la baguette.

Pour renJri' ainsi l'arl familier'?

Il purifiera la guinguette ; Il sanctifiera l'atelier.

CO

CHANSONS DE BERANGER

Willicni, toi lie qui la jeunesse Rêva Grrétry, Gluck et Mozart, Courage ! à la foule en détresse Ouvre tous les trésors de l'art, roiiimuniquer à des sens vides Les plus nobles émotions , C'est faire en des grabats humilies r>u soleil entrer les ravons.

Des classes qu'à peine on éilaire Relevant les mœurs et les goûts, Par toi, devenu populaire, L'art va leur faire un ciel plus doux. Les notes , sylphides puissantes , Rendront moins lourd soc et marleau, Et feront des mains menaçantes Tomber l'homicide couteau.

La musique, source féconde, Épandant ses flots jusqu'en bas .

Nous verrons 'ivres de son onde Artisans, laboureurs, soldats.

Ce concert, puisses-tu l'étendre A tout un monde divisé!

Les cœurs sont bien près de s'enicndrf Quand les voix ont fraternisé.

Quand tu pouvais sur notre scène Tenter un plus brillant laurier.

Tu choisis d'alléger la chaîne Du pauvre enfant de l'ouvrier.

A tes leçons , large semence , La foule accourt et tu les vois.

Captivant jusqu'à la démence, i' Vers le ciel diriger sa voix.

Notre littérature est folle :

Fais-la rougir par tes travaux.

De meurtres elle tient école

Et pousse à des "Werther nouveaux.

On l'entend , d'excès assouvie ,

En vers , en prose , s'essouffler

A décourager de la vie

Ceux qu'elle en devrait consoler.

D'une œuvre et si longue et si rude

Auras-tu le prix mérité ?

Va, ne crains pas l'ingratitude,

Et ris-toi de la pauvreté.

Sur ta tombe , tu peux m'en croire ,

Ceux dont tu charmes les douleurs

Offriront un jour à ta gloire

Des chants, des larmes et des (leurs.

(') Los docteurs Trélat et Leuret ont fait l'emploi le plus heureux, à la Salpètrière et ii Bici'lre , de la Hiéiliode Willieni. Lo^ pauvres aliénés des deux sexes en ont retiré une dislractiou puissante , et ont pu chanter à Téglise des morceaux de musique qui onïaient d'assez grandes difficultés d'exécution.

(-) Peu de mois après avoir adressé ces couplets i son vieil ami, l'auteur avait la douleur de voir s'accomplir la prédiction qui les termine. Wilhem mourut j\ soixante ans, pauvre, h bout de forces, mais rêvant toujours A l'extension de sa mi'-ihode,friiil de vingtHleux ans de travaux ; les autorités municipales et dépailementalcs , les maitris qu'il avait formés, ci la foule de ses élèves de tout Age, accompagnaient sa dépouille au cimetière, où lui furent rendus les honneurs qu'il avait le plus enviés.

CHANSONS DE UKliANGER

LE GRiLLUN

Aiu ili; Jaujuc;

Au cum de l'iUro où je tisouuu Eu rêvant à je ne sais quoi , Petit grillon, chante avec moi, Qui, déjà vieux, toujours cliunsuuuL'.

Petit grillon , n'ayons ici , N'ayons du monde aucun souci.

Nos existences sont pareilles :

Si l'enfant s'amuse à ta voix,

Artisan, soldat, villageois,

A la mienne ont charme leurs veilles.

Petit grillon, n'ayons ici,

N'ayons du monde aucun souci.

Mais sous ta l'orme hétéroclite Un lutin u'est-il pas caché?

Vient-il voir si quelque péché Tient compagnie au vieil ermite ?

Petit grillon, n'ayons ici.

N'ayons du monde aucun souci.

N'es-tu pas sylphe et petit page De quelque iëe au doux pouvoir, Qui t'adresse à moi pour savoir A quoi le cœur sert à mon âge?

Petit grillon, n'ayons ici.

N'ayons du monde aucun souci.

Non; mais en toi, je le veux croire, Revit un auteur qui, jadis, Mourut de froid dans sou taudis

Eu guettant un raN,uu de gloire.

Petit grillon, n'ayons ici.

N'ayons du monde aucun souci.

Docteur, tribun, huiume de secte.

On veut briller, l'auteur surtout.

Dieu, servez chacun à son goût :

De la gloire à ce pauvre insecte.

Petit grillon, u'ayous ici, N'ayons du monde aucun souci.

La gloire ! est fou qui la désire :

Le sage eu dédaigne le soin.

Heureux qui recèle en ua coin Sa foi, ses amours et sa lyre !

Petit grillon, n'ayons ici.

N'ayons du monde aucun souci.

L'envie est là qui nous menace.

Guerre à tout nom qui retentit I Au fait, plus ce globe est petit, Moins on y doit prendre de place. Petit grillon, n'ayons ici, N'ayons du monde aucun souci.

Ah ! si tu fus ce que je peuse, Ris du lot qui t'avait tenté ; Ce qu'on gagne en célébrité , On le perd eu indépendance.

Petit grillou, u'ayous ici, N'ayous du moude aucuu souci.

CHANSONS DE BERANGER

Au (juiii du l'eu, tuus deux à l'aise, Clirtulaul, l'un jKir l'autre égayés, Prions Dieu de vivre uublié;,

Toi dans tou trou, moi sur ma chaise.

Petit grillon, n'ayons ici.

N'avons du monde aucun souci.

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