‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 257 sur 340 · LE PHÉNIX · texte numérisé non relu

LE PHÉNIX

Am

Jadis, en des climats lointains, Vivait sur de fertiles plages Une république de sages Heureux dos plus obscurs destins.

Le phénix vint sur l'autre rive.

Vite, à sa cour il les fit appeler.

Son héraut criait : — Qu'on me suive 1 Dépêchez-vous ; l'oiseau peut s'onvolor.

CHANSONS DE BERANGER

Partout l'esclave giiluiiiié

Va disaut : — Mua uiaitrc a des aile»

A couver vingt peuples fidèles ;

Veuez voir l'oiseau couronné.

Pas n'est besoin de vous l'apprendre, Au bien de tous il aime à s'immoler.

S'il meurt , il renaît de sa cendre. Dépècliez-vous ; l'oiseau peut s'envoler.

Un vieillard ealin lui répond :

— Cesse, ami, tes vaines l'anfares;

Nous préférons , nous , vrais barbares ,

A ton oiseau poule qui pond.

Pourtant il nous plaît fort entendre Chanter linots, colombes roucouler.

Le chant du phénix est moins tendre :

C'est chant royal ; l'oiseau peut s'envoler.

Nul ne bouge. 11 ajoute encor :

— Ne pas le voir serait dommage.

Rien d'aussi beau que son plumage, Son bec de perle et ses pieds d'or.

Vrai soleil , sa riche couronne ,

Sur vos moissons daignant étinceler.

Les mûrirait, Dieu me pardonne!

Dépèchez-vous; l'oiseau peut s'envoler.

Sache qu'en son bûcher fumant

Nos pères l'ont osé surprendre.

Qu'ont-ils découvert dans sa cendre?

Hélas 1 un cœur de diamant.

Tout être unique en son espèce D'aucun amour n'a pouvoir de brûler.

Plaignez les rois, dit la Sagesse.

Nous les plaignons; l'oiseau peut s'envoler.

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