LA PRISONNIERE
Am : Ce magislral iriqirocliablc.
Platou l'a dit ; l aaie est captive Dans ce corps brut, obscur séjour, Prison véritable où n'arrive Que lentement l'éclat du jour.
Cette àme eu qui tout est mystère, Souffrant du froid, souffrant du chaud.
Quand l'éditice sort de terre, Sommoillo au fond d'un noir cachot.
CHANSONS DE BERANGER
Tandis qu'elle luuguit dans l'ombre, Nature tente un sourd travail , ■Et fait poindre dans ce lieu sombre Le jour douteux d'un soupirail.
A la lueur qui vient d'éclore , Se créant un vaste horizon, La pauvre àme longtemps encore Se heurte aux murs de sa prison.
Mais enfin s'ouvre une fenêtre ; Elle s'y cramponne en riant.
Salut, printemps qui vient de uaitre!
Tout brille aux feux de l'orient.
Ces bois si verts, ces eaux si belles, Ces monts géants, l'homme en est roi.
Toutes ces tleurs , pour moi sont-elles '! Tous ces fruits, serout-ils pour moi?
I)e la prison d'abord si noire Le faite devient radieux. L'àme en fait un observatoire.
Et de là plonge dans les cieux.
Tant d'astres soulèvent les voiles Du Dieu qui leur trace un chemin!
Je me uoie en ces Ilots d'étoiles :
Dieu puissant, tendez-moi la main.
Mais l'automne touche à son terme ; Déjà le ciel s'est obscurci.
L'observatoire alors se ferme , Hélas 1 et sa fenêtre aussi.
Quelque rayon, qui meurt bien vite.
Frappe encor des murs délabrés ; Puis du cachot , son premier gite , L'àme redescend les degrés.
11 en est ainsi pour la foule
A l'âge de caducité.
Mais enfin la prison s'écroule;
L'àme s'envole en liberté.
De nouveaux fers Dieu la préserve !
Et j'ajoute à mon oraison :
Faites, mou Dieu, qu'elle conserva
Le souvenir de sa prison.
CHANSONS DE BERANGER
LE BAPTEME
PREMIER CORSE
Nous vnili'i siijots do. la Franco, Qui nous onvoio un gouvernour.
Y gagnera-t-elle en puissance?
y gagnerons-nous en bonheur?
DEUXIÈME fORSE.
De ce toit, vois d'ici le maître, Bonaparte, ami dos Français :
Tandis qu'il aide à leurs succès.
Un second fils lui vient di' naître. {')
PREMIER CORSE
Dans toute l'ile une fête a donc lieu?
DEUXIÈME CORSE
D'être à la France on y reml pràce à Diou.
PREMIER CORSE
On dispose ainsi de la Corse Sans nous dire : Y consentez-vous?
La règle des rois, c'est la force; Ont-ils parlé : peuple, à genoux!
DEUXIÈME CORSE
Dieu le veut, comme il veut la joie De CCS époux qu'on vient fêter.
A l'église on va présenter L'onliint iiu'i'i leur cœur il envoie.
PREMIER CORSE
Où va 1.1 IViulo, au \)ied de cr rempart?
DEUXIÈME ((IRSE.
Voir de la France arborer l'étendard.
PREMIER CORSE
Sur nous, qu'avait opprimés Gènes, l'u autre joug va donc peser?
Ce n'est pas à clianger do cliaîiios Que l'on apprend à les l)riser.
DEUXIÈME CORSE
Voilà le baptême qu'on sonne ; • Le cortège part triomphant.
Ce fils n'est pas leur seul enfant :
D'où vient tout l'espoir qu'il leur donne?
PREMIER CORSE
Par le canon , quoi I ce jour est fêté !
DEUXIÈME CORSE
Il sera cher à la postérité.
PREMIER CORSE
La Corse étonnera le monde .
A dit un ami de nos droits. (•] Mais, s'il faut qu'un roi la féconde.
Qu'enfantera-t-elle? Des rois.
(') NapoWon Bouapartc est. m' \o 15 aoiU 17C9, joui' i\c l'Assomption de la Vierge, peu de mois apr^s le iraitt- qui réiinil (l.'nnilivomont la Corso 1 la France. Son pÎTC, Cliailos Boiiaparte, avait d'abord éli trts-oppost' aux Français; mais M. de Marbcuf finit par l'aHaclier i"! leur cause, qui Otait dans l'int^'nM de cette île.
(*) J.-J. Rousseau, que les Corses avaient voulu charger de faire une constitution pourtour ile.
DEUXIÈME CORSE
La mère , dame sage et bonne , Sur son lit, le front incliné, Par le jour où son fils est né, Le recommande à sa madone.
PREMIER CORSE
Les chants français troublent ville et faubourgs.
DEUXIÈME CORSE
D'exploits futurs ces chants parlent toujour».
PREMIER CORSE
Pourtant les Corses sont des braves.
Rome, la Rome des Césars, N'osait en prendre pour esclaves :
Nous avions déjà des poignards.
DEUXIÈME CORSE
On lui donne un patron sans gloire :
C'est Napoléon , m'a-t-on dit ; Mais, si le saint est sans crédit.
Le nom semble fait pour l'iustoire.
PREMIER CORSE
Chaque navire a pavoisé son bord.
DEUXIÈME CORSE
Les Anglais seuls désertent notre port.
PREMIER CORSE
En quoi l'àpre sol de cette île
Peut-il tenter un roi puissant ?
Nos mains, sans le rendre fertile, L'ont inondé de bien du sang.
DEUXIÈME CORSE
Un carillon de bon augure Reconduit l'enfant au logis.
Loin du sein, hélas! tu vagis.
Pauvre petite créature I
PREMIER CORSE
Que vois-je au loin sur nos rochers déserts?
DEUXIÈME CORSE
Un jeune aiglon qui plane dans les airs.
PREMIER CORSE
Quand l'ombre du manteau d'un maître Passe entre le soleil et nous.
Qu'importe un enfant qui peut-être Doit traîner sa vie à genoux?
DEUXIÈME CORSE
Anii, Dieu seul renverse et fonde.
Ne peut-il, lui qui la défend, Donner à la France un enfant , A cet enfant donner le monde?
PREMIER CORSE
Quel bruit soudain se mêle aux cris joyeux?
DEUXIÈME CORSE
C'est le tonnerre : il ébranle les cieuxl
CHANSONS DE BÉRANaF:R
LP: (IHEVAL ARABE
Am 'rAnf;Oliiio , on Aiu niiiivcau île M. !.. Aii.si'ic-
Mon beau clmvnl, oui, jo virns de tp vendre, Moi, pauvre et jeune, officier sans crédit, A ce vieux juif qui va venir te prendre! Oiil du destin c'est moi qui suis maudit! Contre un peu d'or, hiilas! c'est pour ma mère,
C'est pour mes sœurs que je vais t'érlianffer.
De mon chagrin si tu pouvais juger,
Tu pleunn-ais comme un coursier d'IIomèro.
Mou bel arabe, adieu! Sans toi, demain, )
[ Bis.
Ma noble mère irait tendre la main. '
CHANSONS DE BERANGER
Mère adorée I ah ! relisons sa lettre :
tt Napoléon, nous qui faisions le bien,
<t De notre toit le ciel vient de permettre
<r Qu'on nous proscrive, et nous n'avons plus rien.
<t Songe aux tourments qu'en secret je dévore ;
" Pense à tes sœurs, à tes frères, à moi.
<i Matin et soir nous prions Dieu pour toi.
CI S'il te bénit, il nous protège encore. » (')
Mon bel arabe, adieu! Sans toi, demain,
Ma noble mère irait tendre la main.
Que Dieu me donne un monde par la guerre, J'en ferai part à mes frères chéris :
Sous mon soleil ton pied fera de terre Surgir des rois à mes sœurs pour maris. Je veux un règne à faire oublier Rome, Dùt-il finir par d'éclatants malheurs.
Ah ! je suis sûr qu'en me donnant des pleurs , Le peuple alors s'écrierait : Le pauvre homme ! Mon bel arabe, adieu! Sans toi, demain, Ma noble mère irait tendre la main.
Je t'achetai sur le port de Marseille, D'un Levantin qui se promenait là.
Ton dos cambré, ton inquiète oreille.
Ton œil de feu, tout pour toi me parla. Aux Mamelouks, cavaliers intrépides, Des cheiks du Nil t'auront sans doute offert ; Ou, compagnon des chameaux du désert.
Tu reposas aux pieds des Pyramides.
Mon bel arabe, adieu ! Sans toi, domïiin. Ma noble mère irait tendre la main.
Tu hâterais ma course triomphale ;
Et je te vends quand l'Europe prend feu.
Notre Alexandre a vendu Bucéphale,
Diront ces chefs que je flatte si peu.
Mais vont s'ouvrir bien des routes nouvelles ;
L'antique France a tremblé sous mes pas.
Pour me porter où d'autres n'iront pas,
A ton défaut je sens que j'ai des ailes.
Mon bel arabe, adieu ! Sans toi, demain.
Ma noble mère irait tendre la main.
En te montant, que j'ai l'Ame saisie Du grand projet qui m'occupe toujours!
Cherchons, me dis-je, oui, cherchons en Asie La gloire, un rang, des combats, des amours. Où Bagdad rampe, où régna Babylone, Même aujourd'hui le plus simple officier Peut dire encor, n'eùt-il que son coursier : Tyran, à moi ta sultane et ton trône ! Mon bel arabe, adieu! Sans toi, demain. Ma nnjile mère irait tendre la main.
Moment fatal! le juif est à la porte.
Ah ! qu'il te trouve un maître plus heureux.
Ma mère attend tout l'argent qu'il m'apporte ,
Pour abriter ses enfants si nombreux.
Séparons-nous; mais, va, tu peux m'en croire,
Si quelque jour, devenu général,
.le te rencontre, ù vaillant animal!
Je te racliète au prix d'une victoire.
Mmi bel arabe, adieu! Sans toi, demain.
Ma nolde mère irait tendre la main.
(') F,n 1703, M"" I,a'titi:i fut obligùc, avoc loiUe sa fiiniillo, t\o fuir la Corsp, où lo parti français avait le dessous; plie se rûfugia i\ Marseille dans un grand état de gfne, quoi qu'en aient dit quelques-uns de ses enfants, qui, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, ne pensaient pas comme celui qui fonda leur fortune. Napoléon ne fit jamais mysitre de ses temps dft pauvreté.
CHANSONS DE BÉRANGER