VU
Vient un chasseur; son pas redoul)h\ Malgré ses chiens, point de gilner.
S'il allait, de son fusil double, Faute de mieux, vous foudroyer?
Ah ! maudit soit l'homme qui trouble L'écho que vous rendez si doux!
Taisez-vous, oiseaux, taisez-vous.
CHANSONS DE BERANGER
Rien n'arrête des mains cruelles.
LasI j'ai vu des chasseurs, un jour, Abattre au vol deux hirondelles Dont je saluais le retour.
Vos chansons attendriront-elles L'enfant qui s'arme de cailloux?
Taisez- vous, oiseaux, taisez-vous.
Bon Dieu I c'est le chasseur qui tire !
Il blesse à l'aile une perdrix.
Son chien la prend ; pauvre martyre !
Le chasseur, que gênent ses cris.
Lui brise la tête ; elle expire.
Ce soir, il médira des loups.
Taisez-vous, oiseaux, taisez-vous.
Charmants oiseaux , connaissez l'homme :
Qu'il soit boucher, soldat, chasseur.
Il fusille, il sabre, il assomme.
Et trouve au sang de la douceur.
Les moins cruels sont ceux qu'on nomme
Bourreaux, soit dit bien entre nous.
Taisez-vous, oiseaux, taisez-vous.
Il s'éloigne. Son œil avide Voit un chevreuil au bord du bois, A l'abri de l'arme perfide, Laissez éclater votre voix.
Mais si demain , le carnier vide , Il passe encor près de ces houx, Taisez-vous, oiseaux, taisez- vous.
S^V^ifet-.-^
CHANSONS DE DERANGER