‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 291 sur 340 · LA TOURTERELLE ET LE PAPILLON · texte numérisé non relu

LA TOURTERELLE ET LE PAPILLON

Ain :

LA TOURTERELLE

Vous, gémir, papillon charmant 1 D'où vous peut venir la tristesse?

Nature avec délicatesse Vous brode un si beau vêtement !

Des plaisirs vous êtes l'emblème.

Près de la rose qui vous aime , Vous, gémir, papillon charmant!

LE PAPILLON

Tourterelle, chère aux amours,

Hélas ! j'ai perdu mon amie :

Un enfant l'a prise endormie

Sur un lis, et voilà trois jours.

Tout m'est deuil, deuil sans espérance.

Qui sent mieux que vous ma souffrance

Tourterelle , chère aux amours ?

LA TOURTERELLE

Beau papillon, consolez-vous :

Vous plairez à d'autres amantes.

Les tourterelles sont aimantes,

Mais sans excès pour leurs époux.

Si l'un part, d'un autre on s'affole.

Meurt-il, on pleure et l'on convole.

Beau papillon, consolez-vous.

LE PAPILLON

Tous deux ensemble étions éclos ; Ensemble avions pris la volée ; Tous deux allant par la vallée, Par les champs, les prés, les enclos; Dans l'air nous nous touchions de l'aile. Je ne sais pas vivre sans elle.

Tous deux ensemble étions éclos.

LA TOURTERELLE

Quoi I les papillons sont constants !

Et c'est nous qu'on prend pour modèles !

Même il se peut qu'ils soient fidèles :

Le papillon vit peu d'instants.

Fiez-vous donc aux vieux adages I

Les tourterelles sont volages ,

Et les papillons sont constants I (•)

(') Pigooiis, colombes , tourterelles , après un mûr examen , ne rt^poudont nullement à l'idée qu'on s'est faite de leur constance en amour, m'ont assuré des observateurs scrupuleux, entre autres plusieurs dames. La poésie seule, toujours disposée à entretenir les vieilles erreurs , fait encore de ces oiseaux des symboles de fidélité matrimoniale.

Quant au papillon, sans doute parce que les anciens en ont fait la représentation de l'âme humaine, la poésie l'a accusé c l'accuse encore d'inconstance : c'est une calomnie. Ces jolis insectes vivent, sans promiscuité, dans une union conjugale dont les hommes donnent trop peu d'exemples. Au milieu d'im essaim de leurs pareils, le mâle cherche toujours l'objet de son unique et premier choix. Un petit papillon blanc est surtout remarquable par l'intimité de chaque couple. Voyer-vous l'un des deux, l'autre est tout près, soyez -en sur. Dans leur vol, ils ne s'écartent que pour se rapprocher. C'est en les obsen'ant que j'ai conçu l'idée de rétablir leur réputation, au risque de contraindre l'école de Fourier â donner un autre nom à la passion que le maître a appelée la papillonne.

LES VENDAN.GES

A LAUnK

AlA :

Accourez, aimable Laurc.

Nos vendangeurs vont aux cliamiis.

En sursaut déjà l'aurore S'éveille à leurs joyeux cliauls.

Tout vigneron à l'ouvrage Mène enfants, amis, voisins; Tant ses tonnes en veuvage Oui soif du jus des raisins I

CHANSONS DE BERANGER

Les ceps de rosée humides, Comme un cerf dans ses douleurs, Devant ces meutes avides Semblent répandre des pleurs.

« Des hommes, troupe assouvie, " Ont terres et revenus ; « Les autres glanent leur vie, <t Le dos courbé, les pieds nus.

Sous les paniers qu'on renvoie L'àne pliera jusqu'au soir.

Venez voir richesse et joie Jaillir à flots du pressoir.

a Pauvres gens, vous qu'on dédaigne, ot Vite , aux armes I vengez-vous, ï Nous chanterons votre règne :

« Les raisins seront pour nous. »

Mais l'émeute est au village.

Mille oiseaux, dans ces tilleuls, Disent : « L'on met au pillage a Ce que Dieu fit pour nous seuls.

Mais vient réponse à leur plainte.

Un chasseur I Oiseaux , tremblez I On peut vendanger sans crainte :

Nos tribuns sont envolés.

<t Voyageurs privés d'étapes ,

« Nous allons de mal en pis :

« Aujourd'iiui l'on prend les grappes,

« Hier, c'étaient les épis.

Laure , on dépouille la plaine ; Quittez le doux oreiller.

Demain les pauvres à peine Trouveront à grappiller.

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