‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 290 sur 340 · CHANSON IDYLLE · texte numérisé non relu

CHANSON IDYLLE

Air

D'où naissent mes tourments? Dieu ve\it-il que jo

[meure A quinze ans, grande et belle, en de vagues ennuis? Je dors sans reposer; je m'éveille et je pleure; Mon front révèle au jour le trouble de mes nuits.

Au lieu du long sommeil si paisible à mon âge, J'ai des songes confus où je me sens brûler. Ils sont en vain pour moi d'un funeste présage : Je n'y puis rien comprendre et je n'ose en parler.

A l'église où je cours, ma main souvent oublie L'eau qui peut de l'enfer conjurer les desseins; Mêlée aux voix du chœur, ma voix meurt afifaiblic, Et j'écoute en pleurant chanter les hymnes saints.

Bien que dans ses apprêts la parure me pèse , Suis-je parée enfin, je voudrais l'être mieux; Et je sens que mon cœur a besoin que je plaise, Sans trouver doux pourtant de plaire à tous les

[yeux.

J'ai perdu cet éclat dont s'enivrait ma mère , Pour mes oiseaux chéris je n'ai plus de caresses ;

Qui n'a que ses baisers pour calmer ma douleur. Je néglige mes fleurs, je repousse mon chien.

Mais pourquoi les vieillards me plaindre avec mystère? Verrai-je ainsi finir mes premières tendresses?

Pourquoi les jeunes gens rire de ma pâleur? Dieu ra'a-t-il condamnée à ne plus aimer rien?

Je rêve , et nul objet n'occupe ma pensée ; • Mais voici l'étranger dont la voix est si tendre.

Toujours quelque frayeur sur mes sens vient agir. Hier, sous la feuillée il a suivi mes pas.

Le coupable a-t-il donc l'âme plus oppressée? Seul, il chante et soupire. Approchons pour entendre

Un coup d'u'il m'embarrasse, un mot me fait rougir. Si du mal que j'éprouve il ne se plaindrait pas.

CHANSONS DE DERANGER

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