‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 311 sur 340 · SAINT NAPOLÉON · texte numérisé non relu

SAINT NAPOLÉON

A UN liAUON LIE L EMPIUE

Am :

Vous, fier baron, qui rampiez dans un temps Fécond en lois, en travaux, en batailles. Combien d'honneurs vous devez aux trente ans Qui de l'empire ont vu les funérailles I L'aigle a légué la France aux étourneaux : Pour un Gérard que de J I (-)

Un homme né pour s'élever aux cieux

Se montre-t-il , tous les nains qui l'approchent

Sur ce géant se guindent de leur mieux,

A ses habits, à ses bottes s'accrochent.

A peine il voit ces avortons, qu'il rend

Fiers de sa taille et qu'il porte en courant.

Heureux baron, un jour il vous parla.

» Sers-moi y , dit-il. Et d'un signe il ajoute : œ Viens » ; vous venez, i Va là » ; vous allez là. Mais il perdit sceptre et valets en route. Tout, depuis lors, vous fut prospère au point Qu'un roi, sans vous, régnerait mal ou point.

De vos débuts ne rougissez pas trop ; Chacun en cour passe à cette filière.

Notre empereur, créateur au galop , Quand son crachat fécondait la poussière, Fit pour un saint, dans le ciel pris d'assaut. Ce qu'ici-bas il fit pour plus d'un sot.

Oui , son patron , vieux défunt peu connu , Au paradis végétait sans prébende.

De tout rayon lui voyant le front nu.

Les saints criaient au saint de contrebande : «t D'où nous vient-il? Qui l'a canonisé? « Nous parierions qu'il n'est pas baptisé. »

« Un pape intrus, disaient de bons voisins,

«c L'aura tiré des carrières de Rome ,

et De faux martyrs éternels magasins.

ï Chassons ce gueux I « Et contre le pauvre homme

Monsieur saint Roch court exciter son chien,

Tant les heureux ont le cœur peu chrétien.

Mais jusqu'au ciel, d'Austerlitz, d'Iéna, Montent les bruits et les ordres du pape* Vite on accorde au saint que l'on berna Fleurs, auréole et triple part d'ugape.

C) Pendant tout le règne de Napoléon, son patron fut substitut\ sur le cilondricr, ;\ saint Rocli, qni, depuis la restauration a repris sa place au IG août.

Les prêtres composèrent à grand'peine une courte Wgende au saint impérial, dont lo nom même n'avait jusque-là pani qu. dans les vieilles chroniques italiennes.

C) Plusieurs de nos généraux ont illustré le nom do Gérard, mais aucun autant que le maréchal, dont les vertus, le patriotisme et les talents peuvent se pa;;ser d'clogcs , t;int son nom éveille d'honorables sympathies.

CHANSONS DE BERANGER

Tout lui sourit; pur une bulle ad hoc,

De ralmauacli sou nom bannit saint Roch.

<i Plus que Louis il a des airs de roi », Dit le public, public de saints et d'anges Qui tient de nous : la fortune y l'ait loi. Et le bon suint, qui se gonfle aux louanges, Perdant bientôt le peu qu'il a de sens,

Voudrait à Dieu voler sa part d'encens.

Barons ou ducs, c'est votre histoire à tous.

Napoléon d'un saint de pacotille

Fait un grand saint, fait des rois, fait des fous.

Gave des sots qu'il prend à la coquille ,

Et tombe enfin. Messieurs, sur son rocher,

C'est vous d'abord qu'il dut se reprocher.

CHANSONS DE BERANGEU

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