‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 310 sur 340 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

CHANSONS DE BERANGER

Notre planète eut une enfance étrange : Buffon l'a dit, Cuvier l'a constaté.

Un peu de feu qu'enserre un peu de fange Donna naissance à ce monde encroûté.

Sur l'embryon la mer jetant sa robe De sa vermine assez mal le purgea.

L'homme vint tard ; et moi, je crains déjà De voir périr ce globe.

Passé, dis-moi, criai-je au bord d'un gouffre, Combien de temps a roulé suspendu Ce point où l'homme en passant pleure et souffre ? Et des anciens l'histoire a répondu.

Mais quelle foi peut retrouver sa route Sous les débris de leurs dogmes nombreux? Perses, Hindous, Grecs, Égyptiens, Hébreux, Nous ont légué le doute.

Le doute est froid, quelque part qu'on s'y loge. Pour m'en tirer invoquons l'avenir.

Un iwuveau Christ passe, et je l'interroge : — Maître, ce monde un jour doit-il finir?

— Jamais, dit-il. Vive notre planète, Dont ma Triade éternise le cours I A ses croyants ainsi répond toujours Ce messie en goguette.

Si le passé n'a point d'écho fidèle , Si l'avenir est muet ot voilé, Présent, dis-moi, notre terre doit-elle Faire faux bond à l'empire étoile?

Mais du passé près de franchir la porte, Ce nain chétif, que l'avenir poursuit, N'a pas le temps de me répondre, et fuit En disant : Que m'importe!

Dieu voit la fin de tout ce qu'il fait naître. Le monde est né, le monde doit mourir. Quand? Ah! dit l'un, avant demain peut-être; L'autre lui donne un long temps à courir. Tandis qu'ainsi sur l'époque assignée Nous discutons, plus ou moins nous trompant, Au bout d'un fil le monde est là qui pend Comme un nid d'araignée.

CHANSONS DE BERANGER

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