‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 324 sur 340 · HISTOIRE D'UNE IDÉE · texte numérisé non relu

HISTOIRE D'UNE IDÉE

Am Je la PiOSiOre Je Salcncy.

Idée, idée! éveille-toi.

Vite, éveille-toi, Dieu t'appelle.

Sommeillait-elle au front d'un roi '!

Au front d'un pape dormait-elle?

CHŒUR DE BOURGEOIS

Une idée a frappé chez nous.

Fermons notre porte aux verrous.

Dis.

Un philosophe crie : — Eh quoi !

Quelqu'un a cru, cervelle folle.

D'une idée accoucher sans moi !

Il n'en sort que de mon école.

CHŒUR DE BOURGEOIS

Une idée a frappé chez nous.

Fermons notre porte aux verrous.

D'un tribun ou d'un courtisan Est-ce l'ouvrage ou la trouvaille ?

Non. Fille d'un simple artisan , Elle a vu le jour sur la paille.

CHŒUR DE BOURGEOIS

Une idée a frappé chez nous.

Fermons notre porte aux verrous.

Un prêtre dit : — Siècle de fer, Ce qui naît de toi m'épouvante.

Toute idée est fille d'enfer :

Si Dieu créa, le diable invente.

CHŒUR DE BOURGEOlti.

Une idée a frappé chez nous.

Fermons notre porte aux verrous

— Quoi! toujours, s'écrie un bourgeois, Des prétentions mal fondées I Pour l'émeute encore une voix.

Nous n'avons eu que trop d'idées.

CHŒUR DE BOURGEOIS

Une idée a frappé chez nous.

Fermons notre porte aux verrous.

Un charlatan, qui vient la voir, L'escamote , fuit et répète :

— Sans tambour que peut le savoir?

Que peut le savoir sans trompette ?

CHŒUR DE BOURGEOIS

Une idée a frappé chez nous.

Fermons notre porte aux verrous.

De l'Institut les souverains Disent : — Sachez, petite fille j Que nous ne servons de parrain?

Qu'aux enfants de notre niuiillc.

CHŒUR DE BOURGEOIS

Une idée a frappé chez nous.

Fermons notre porte aux verrous.

— Mais, malgré trompette et tambour, Cette idée est sans doute ancienne, Se dit chacun. Et, tour à tour, Chacun lui préfère la sienne.

CHŒUR DE IlOURGEOIS.

Une idée a frappe chez nous.

Fermons notre porte aux verrous.

CHANSONS DE DERANGER

Pauvre iilo' ! Enliii , un Anglais L'ai'hctc; et le sir britauniiiuc A Londres lui donne un palais, En criant : — C'est ma fille unii[uc!

CHŒUR DE BOURGEOIS

Une idée a frappé chez nous.

Fermons notre porte aux verrous.

Eu France, avec ce père intrus, Elle accourt. Que d'or elle appurfe !

Du lise les valets malotrus Vite au nez lui l'crment la porte.

CHŒUR DE BOURGEOIS

Une idée a frappé chez nous.

Fermons notre porte aux verrous.

Mais en fraude admise à la cour, Comme anglaise on lui rend justice.

Son vrai père, le même jour.

Pauvre et fou, mourait à l'hospice.

CHŒUR DE BOURGEOIS

Une idée a frappé chez nous.

Fermons notre porte aux verrous.

CHANSONS DE BERANGER

LES TAMBOUKS

Am : Faul il' In vcrlii , pas liiip ii'on fniil.

Terreur des nuit?, troulilo des jours, Tambours, tambours, tambours, tambour?

M'étourdirez-vous doue toujours, l

Tambours, tambours, miutdits tumbuure!

Tambours, cessez votre musique; Rendez la paix à mon réduit.

J'aime peu votre politique, Et moins encor j'aime le bruit.

Terreur des iiuil.-, trouble dos jours, Tambours, tambours, tambours, tambours, M'étourdirez-vous donc toujours, Tambours, tambours, maudits tambours I

CHANSONS DE BERANGER

Grâce à vos roulements stupides, Ma vieille muse en désarroi Retrouve des ailes rapides , Mais c'est pour s'enfuir loin de moi.

Celui qu'à régner Dieu condamne, S'il veut faire en grand son métier, Sait combien il faut de peaux d'àne Pour abrutir le monde entier.

Terreur des nuits, trouble des jours, Tambours, tambours, tambours, tambours, M'étourdirez-vous donc toujours.

Tambours, tambours, maudits tambours 1

Quand la nappe ici se déploie, Qu'on y fait trêve aux noirs frissons, Gronde un rappel ; adieu la joie I Il redouble ; adieu les chansons 1

Terreur des nuits, trouble des jours, Tambours, tambours, tambours, tambours, M'étourdirez-vous donc toujours, Tambours, tambours, maudits tambours !

En France, où leur esprit domine, A l'église ils vont bourdonner.

Tout charlatan se tambourine ; Tout marmot veut tambouriner.

Terreur des nuits, trouble des jours, Tambours, tambours, tambours, tambours, M'étourdirez-vous donc toujours, Tambours, tambours, maudits tambours!

Terreur des nuits, trouble des jours.

Tambours, tambours, tambours, tambours, M^étourdirez-vous donc toujours, Tambours, tambours, maudits tambours!

Je chantais un peuple de frères , Le tambour bat : j'avais rêvé.

Le sang de maints partis contraires Fraternise sur le pavé.

Ils flattent jusque dans sa bière

Le sot qui meurt chargé de croix ;

Ils font vœu, chez la cantinière,

De battre aux champs pour tous les rois.

Terreur des nuits, trouble des jours.

Tambours, tambours, tambours, tambours, M'étourdirez-vous donc toujours, Tambours, tambours, maudits tambours!

Sous l'empire ils ont fait merveille :

J'ai vu ces racoleurs puissants Du génie assourdir l'oreille, Étouffer la voix du bon sens.

Terreur des nuits, trouble des jours.

Tambours, tambours, tambours, tambours, M'étourdirez-vous donc toujours.

Tambours, tambours, maudits tambours !

Nous, peuple épris en politique Du tapage et des galons d'or, Pour présider la république Faisons choix d'un tambour-major.

Terreur des nuits, trouble des jours.

Tambours, tambours, tambours, tambours, M'étourdirez-vous donc Imijours, Tambours, tambours, maudits tambours!

Terreur des nuits, trouble des jours, Tambours, tambours, tambours, tambours, M'étourdirez-vous donc toujours, Tambours, tambours, maudits tambours!

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