‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 35 sur 340 · TRINQUONS · texte numérisé non relu

TRINQUONS

Aiu : La CaUcuiia.

Trinquer est un plaisir fort sage Qu'aujdurd'hui l'on traite d'abus.

Quand du mépris d'un tel usage Les gens du monde sont imbus, De le suivre, amis, faisons gloire, Riant de qui peut s'en moquer ;

Et pour choquer,

Nous provoquer, Le verre en main, en rond nous attaquer, D'abord nous trinquerons pour boire.

Et puis nous boirons pour trinquer.

L'Amour alors près de nos mères.

Faisant chorus, battant dos mains.

Rapprochait les cœurs et les verres.

Enivrait avec tous les vins.

Aussi u'a-t-on pas la mémoire Qu'une belle ait voulu manquer.

Pour bien choquer,

A provoquer, Le verre en main, chacun à l'attaquer-: D'abord elle trinquait pour boire, Puis elle buvait pour trinquer.

A table, croyez que nos pères N'enviaient point le sort des rois, Et qu'au fragile éclat des verres Ils le comparaient quelquefois.

A voix pleine ils chantaient Grégoire, Docteur que l'on peut expliquer;

Et pour cli(M|uer,

Se provoquer. Le verre eu main , tous en rond s'attaquer, Nos bons aïeux trinquaient pour buire.

Et puis ils buvaient pour trinquer.

Qu'on boive aux maîtres de la terre.

Qui n'en boivent pas plus gaiement; Je veux, libre par caractère, Boire à mes amis seulement.

Malheur à ceux dont l'humeur noire S'obstine à ne point remarquer Que pour choquer, Se provoquer, Le verre en main, tous eu rond s'attaijuer. L'amitié, ([ui trinque pour boire.

Boit bien plus enror pour triniiucr!

CHANSONS DE BÉRANGER

LES i^sFlDÉLlTES DE LISETTE

Am : Knnitp , bon Rrinilf .

Lisetto, dont rempirn S'ùtcnd jusqu'à mon vin, J't'prouve le martyre D'eu (leuiiHiiliT eu \i\'u\.

Pour suuflrir ([u'à lu^u à;;e Les coups me soient couipti's,

Ai-jc compté, voliige, Tes inli(lélit(is?

Lisette, ma IJsctlc, Tu m'as trompé toujourr Mais vive la grisette

Je veux, Lisette , Boire à nos amours.

Verse jusqu'il la lie Pour un si çrraud larcin.

Lindor, par sou audace,

Met ta ruse en défaut ;

Il te parle à voix basse,

Il soupire tout haut.

Du tendre espoir qu'il fonde

Il m'instruisit d'abord.

De peur que je n'en gronde,

Verse au moins jusqu'au bord.

Lisette, ma Lisette, Tu m'as trompé toujours ; Mais vive la grisette !

.Je veux, Lisette, Boire à nos amours.

Avec l'heureux Clitandre Lorsque je te surpris, Vous comptiez d'un air tendre Les baisers qu'il t'a pris.

Ton humeur peu sévère En comptant les doubla; Remplis cncor mon verre Pour tous ces baiscrs-là.

Lisette, ma Lisette, Tu m'as trompé toujours; Mais vive la grisette!

Je veux, Lisette, Boire à nos amours.

Mondor, qui toujours donne VA rubans et bijoux j Devant moi te chiffonne Sans te mettre en coiirrou.x.

J'ai vu sa m.iin hardie 8'ôgarer sur ton sein;

Lisette , ma Lisette , Tu m'as trompé toujours ; Mais vive la grisette !

Je veux, Lisette, Boire à nos amours.

Certain soir je pénètre Dans ta chambre, et sans bruit Je vois par la fenêtre Un voleur qui s'enfuit.

Je l'avais, dès la veille.

Fait fuir de ton boudoir.

Ah ! qu'une autre bouteille M'empêche de tout voir!

Lisette, ma Lisette,

Tu m'as trompé toujours ;

Mais vive la grisette !

Je veux, Lisette, Boire à nos amours.

Tous, comblés de tes grâces, Mes amis sont les tiens, Et ceux dont tu te lasses.

C'est moi qui les soutiens.

Qu'avec ceux-là, traîtresse, Le vin me soit permis :

Sois toujours ma maîtresse j Et gardons nos amis.

Lisette, ma Lisette, Tu m'as trompé toujours; Mais vive la grisette !

Je veux, Lisette, Boire à nos amours.

CHANSONS DE BKKANGiai

LA (ÎHATTE

A m : Ka pclite Cendiillon,

Tu réveilles ta maîtresse,

ISIinettc, par tes longs cris.

Est-ce la faim qui te presse?

Eutends-tu quelque souris?

Tu veux fuir do, ma cliaMibrctlc, Pour courir je ne sais où.

Mia-mia-ou! Que veut minette?

Mia-mia-ou ! c'est un matou.

Pour toi je ne puis rien faire ; Cesse de me caresser.

Sur ton mal l'amour m'éclaire :

.J'ai quinze ans, j'y dois penser, .le gémis d'être sculettc En prison sous le verrou.

Mia-mia-ou! Que veut minette?

Mia-mia-ou ! c'est un matou.

Si ton ardeur est extrême.

Même ardeur vient me brûler; .l'ai certain voisin que j'aime.

Et que je n'ose appeler.

Mais pourquoi, sur ma couchette, Rêver à ce jeune fnu?

Mia-mia-ou! Que veut minrtte?

Mia-mia-ou! c'est un matou.

C'est toi, chatte libertine.

Qui mets le trouble en mon sein.

Dans la mansarde voisine Du moins réveille Yalsain.

C'est peu qu'il presse en cachette Et ma main et mon genou.

Mia-mia-ou! Que veut minette?

Mia-mia-ou! c'est un matou.

Mais je vois Valsain paraître !

Par les toits il vient ici.

Vite, ouvrons-lui la fenêtre :

Toi, minette, passe aussi.

Lorsque enfin mon coeur se prête Aux larcins de ce filou, Mia-mia-ou! Que ma minette, Mia-mia-ou! trouve un matou.

CHANSONS DE BERANGER

Page 1