‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 67 sur 340 · LES OISEAUX · texte numérisé non relu

LES OISEAUX

COUPLET? ADRESSES A M. AnNAlLT, rARTANT POUR SON EXIL

L'iiiver, redoublant ses ravages, Désole nos toits et nos champs; Les oiseaux sur d'autres rivages Portent leurs amours et leurs chants Mais le calme d'un autre asile Ne les rendra pas inconstants :

Les oiseaux que l'hiver exile Reviendront avec le printemps.

Oiseaux fixés sur cette plage, Nous portons envie à leur sort.

Déjà plus d'un sombre nuage S'élève et gronde au fond du Nord.

Heureux qui sur une aile agile Peut s'éloigner quelques instants 1 Les oiseaux que l'hiver exile Reviendront avec le printemps.

A l'exil le sort les condamne.

Et plus qu'eux nous en gémissons 1

Du palais et de la cabane

L'écho redisait leurs chansons.

Qu'ils aillent d'un bord plus tranquille

Charmer les heureux habitants.

Les oiseaux que l'hiver exile

Reviendront avec le printemps.

Hs penseront à notre peine.

Et, l'orage enfin dissipé.

Ils reviendront sur le vieux chêne

Que tant de fois il a frappé.

Pmir prédire au vallon fertile

De beaux jours alors plus constants,

Les oiseaux que l'iiiver exile

Reviendront avec le printemps.

CHANSONS DE DERANGER

LE YIEUX MENETRIER

AïK ; C'est un lanln . lamlcriretto.

Je ne suis qu'un vieux boniionime, ÎMihii'trier du li;inieau; Mais pour sage on me renonunr, Et je liois mon vin sans eau.

Autour ic moi sous l'ombrapje

Acrourez vous di'-lasser.

Elil Ion lan la, çrons de village.

Sous mon vioux cliône il faut dan?or.

CHANSONS DE BERAXGER

Oui, dansez sous mon vieux cliône;

C'est l'arbre du cabaret.

Au bon temps toujours la h.iiue

Sous ses rameaux expirait.

Combien de fois son feuillage

Vit nos aïeux s'embrasserl Eii ! ion lan la , gens de village, Sous mou vieux cliène il faut danger.

(,)uand d'une faible charmillo

Votre hi''ritage est fermé ,

Xe port-z plus la faucille

Au cliauiii qu'un autre a scuié.

Mais, sûrs que cet héritage

A vos fils devra passer, Eli! Ion lan la, gens de village, Sous mon vieux l'bcnc il faut danger.

Du château plaignez le maître.

Quoiqu'il soit votre seigneur :

Il doit du calme champêtre "N'ous envier le bonheur; Tristî au fond d'un équipage, Quand là-bas il va passer, Eh! Ion lan la, gens de village.

Sous mon vieux rhénc il faut danser.

Quand la paix répand son baume Sur les maux qu'on endura , N'exilez point de son chaume L'aveugle qui s'égara.

Rappelant après l'orage Ceux qu'il a pu disperser, Eh! Ion lan la, gens de village.

Sous mon vieux idiéne il l'aut danser.

Eoin de maudire à l'église

Celui qui vit sans curé,

Priez que Dieu fertilise

Son grain, sa vigne, son pré.

Au plaisir s'il rend hommage,

Qu'il vienne ici l'encenser.

Eh! Ion lan la, gens de village.

Sous m(in vieux chêne il faut danser.

Écoutez donc le bonhomme; Sous son cbéne accourez tous, De pardonner je vous somme :

Mes enfants, embrassez-vous.

Pour voir ainsi d'âge eu âge Chez nous la paix se fixer.

Eh! Inu lan la. gens de village.

Sous mon vieux chêne il fuit danser.

CHANSONS DE BKRANGER

COMrLAIiNTE

D L\NE DE CES DEiMO 15E L L E- . A L OCCASION DES AFl AIUE5 D f TEMPS

Alu : l'iiul d' la vfi'lti . |m> liui. ji'cu IViiit.

Faut qu' lord Vilhiiu-toii ait tout pris, i

[ Bt:

Gn'a plus d'argput dans c' gueux d" Pans. )

Du luétier d' lilio j' uie dégoûte :

C commerce n' rapporte plus rien; Mais si 1' public uous l'ait bamju'ruute, C'est qu' les afTaires n' vont pas bien.

Faut (ju' lord \'illain-lou ait tout pris, Gn'a plus d'argent dans c' gueux d' Paris.

Au bonheur on l'ait semblant d' croire; Mais j'en jug' mieux qu' tous les tlatteurs. Si d' la cour je n' savais l'histoire, J' croirais (juasi qu'on a des nuL'urs.

Faut qu'lord ViUain-lon ail tout pris, Gn'a plus d'argent dans c' gueux d' Paris.

Nous servions d' inaiiress's et d' modèles A nos peintres gorg('s d'éius.

J' crois (ju'à leux feium's y soni lidiles D'puis qu' les modèles n' servenl plus.

Paul qu k'id \ ilhuu-lon ail li'ut pris,

Gn'a plus d'argent dans c' gueux d' Pan-.

(v>uand gn'a pas 1' moindr' prolit-z ù l'aire Sur tant d' réformés mécontents, Les juges p't-étr' fraient not' affaire , ^lais r roi n' leux en laisse pas l' temps.

Faut qu' lord ViUain-lon ait lout pris, Gn'a plus d'argent dans c' gueux d' Paris.

Enfin je n' trouvons plus not' compte, Avec nos braves qu' l'on vexa.

Vu leux misère, y aurait d' la honte A leux d'niander queuqu' chos' pour ça.

Faul ([u' lord Villain-lon ail tout pri-, Gn'a plus d'argent dans e' gueux d' Paris.

llcureus'meni qu' nmnsieur Laborie A nous servir s'est-z engagé :

Connue \\n diable y s' démène, y crie, Pour qu'(ui rend' les biens du clorgc'.

Fuit (ju' buil \ ill.uu-Uiu ait Imit |Mi>. Gna plus d'aigeul dans c' gueux d" Pans.

CHANSONS DE BERANGER

L'HIYER

Air : l'ne Qllc c^t un oiâcau.

Les oiseaux nous ont quittés;

Déjà l'hiver qui les chasse

Étend son manteau de glace

Sur nos champs et nos cités.

A mus vitres scintillantes

Il trace des lleurs brillantes;

Il rend mes iiortes bruyantes,

Et lait grelultcr mon chien.

Réveillons, sans plus attendre.

Mon feu qui dort sous la cendre.

Chauffons-nous, chauffons-nous bien. [Bu.

0 voyageur imprudent !

Retourne vers ta famille.

J'en crois mon feu qui pctiUe :

Le froid devient plus ardent.

Moi, j'en puis liraver l'injure :

Rose, en douillette, en fourrure.

Ici, contre la froidure

Vient m'ùifrir un doux soutien.

Rose, tes mains sont de glace;

Sur mes genoux prends ta place.

Chauffons-nous, chauffons-nous bien.

L'ombre s'avance, et la nuit Roule son char sur la neige.

Ruse, l'amour nous [U'utége; C'est pour mnis que le jour fuit.

Mais un couple nous arrive; Jovcux ami, beauté vive,

Entrez tous deux sans qui-vive!

Le plaisir n'y perdra rien.

Moins de froid que de tendresse, Autour du feu qu'on se presse.

Chauifons-nous, chaufi'ons-nous bien.

Les caresses ont cessé

Devant la lampe indiscrète.

Un festin que Rose apprête.

Gaiement par nous est dressé.

Notre ami s'est fait, à table,

D'un brigand bien redoutable

Et d'un spectre épouvantable

Le fidèle historien.

Tandis que le punch s'allume.

Beau du feu qui le consume,

Chauffiins-nous, chauifons-nous bien.

Sombre hiver, sous tes glaçons Ensevelis la nature ; Ton aquilon, qui murmure.

Ne peut troubler nos chansons.

Notre esprit, qu'amour seconde, Au coin (lu feu crée un nmndc Qu'un doux liel toujours féconde, Où s'aimer tient lieu de bien.

Que nos portes restent closes, Et, jusipTau retour des roses, Chaulfiusnous, chauil'ous-nous bien.

CHANSONS DE BKIIANGER

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