LE JUGE DE CHARENTON
AïK .h' I» i:.»hii|<i
Un maître fou qui , dit-on ,
Fit jadis mainte fredaine ,
Des loges de Charenton
S'est enfui l'autre semaine.
Chez un juge qui griffonnait, Il arrive et prend simnrro et lioniiel.
Puis à l'audience, iinr>! d'Iialrine, Il entre et soudain dit : Prcrlii ! prêcha!
Et patati, et patata.
Prêtons jiien rorcillc à ce discours-là.
«L'Esprit-Saint soutient ma voix, ï Et les accusés vont rire; «Moi, l'interprète des lois, » .l'en viens faire la satire.
«Nous les tenons d'un impudent "Qui, pour s'amuser, me fit pn'sident.
«J'ai longtemps vanté son empire, «Mais j'étais alors payé pour rela. »
Et patati, et patata.
Pouvait-on s'attendre a ce discoiirs-ià?
" Le drame et (ialimafré'
« Corrompent nos cuisinières.
« En frac on voit un curé, « Et nos enfants ont trois pères.
« Le mariage est un loyer :
« On entre en octobre, on sort en janvier.
« Les cachemires adultères «Nous donnent la peste, et ma femme en a. »
Et patati, et patata.
Il a mis de tout dans ce discours-là.
« Pour débaucher un mari , « Que les tilles ont d'adresse!
« Sous madame Dubarri , « Elles allaient à confesse.
« Ahl qu'enfin (et le terme est clair; «L'épouse et l'époux ne soient qu'une chair;
« Et vous , qui nous tentez sans cesse , « Filles, respectez l'habit ([ue voilà. »
Et patati, et patata.
Rien n'est plus moral que ce discours-là.
«Mais, triste clTct du tyiilnis, « Au lieu d'église on rléve « Le temple du dieu Plut us, « Qui sera beau s'il s'achève.
(') Il n'y a point de mauvais discours que no puisse faim oiililior une action généreuse; et rien n'est plus honorable, selon moi, que la protection accordée à des infortunés placés sous lo poids d'une accusation capil.ile. Anssi jo n'aurais pas reproduit ici cette chanson, sans l'espace de scandale (|ue, lors de son apparition, elle causa jusque dans les doux chambres. Mais je ne puis ni'empèclier d':ivouer que, si j'avais pu la condamner ;'i i'onlili , qu'elle mérite sans doute, j'en aurais toujours regretté le dernier couplet. (Note de 1821.)
(.\ l'époque où cette Note fut publii'e, M. Bellart était encore procnronr général. >
HO
CHANSONS DE BERANGER
«Partout règaent les intrigants; ï On n'interdit plus les extravagants :
■t Ce dernier point n'est pas un rêve , « Puisque en robe ici je dis tout cela. »
Et patati, et patata.
On trouve du bon dans ce discours-là.
Il poursuivait sur ce ton,
Quand deux bisets, sous les armes.
Remènent à Chareuton Cet orateur plein de charmes.
Néanmoins l'avocat Bêlant S'écrie : Ah ! les fous ont bien du talent !
J'ai fait rire et verser des larmes; Mais je n'ai rien dit qui valût cela.
Et patati, et patata.
C'est mol qu'on sifflait sans ce discours-là.
CHANSONS DE BERANGER