‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 74 sur 340 · LE JUGE DE CHARENTON · texte numérisé non relu

LE JUGE DE CHARENTON

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Un maître fou qui , dit-on ,

Fit jadis mainte fredaine ,

Des loges de Charenton

S'est enfui l'autre semaine.

Chez un juge qui griffonnait, Il arrive et prend simnrro et lioniiel.

Puis à l'audience, iinr>! d'Iialrine, Il entre et soudain dit : Prcrlii ! prêcha!

Et patati, et patata.

Prêtons jiien rorcillc à ce discours-là.

«L'Esprit-Saint soutient ma voix, ï Et les accusés vont rire; «Moi, l'interprète des lois, » .l'en viens faire la satire.

«Nous les tenons d'un impudent "Qui, pour s'amuser, me fit pn'sident.

«J'ai longtemps vanté son empire, «Mais j'étais alors payé pour rela. »

Et patati, et patata.

Pouvait-on s'attendre a ce discoiirs-ià?

" Le drame et (ialimafré'

« Corrompent nos cuisinières.

« En frac on voit un curé, « Et nos enfants ont trois pères.

« Le mariage est un loyer :

« On entre en octobre, on sort en janvier.

« Les cachemires adultères «Nous donnent la peste, et ma femme en a. »

Et patati, et patata.

Il a mis de tout dans ce discours-là.

« Pour débaucher un mari , « Que les tilles ont d'adresse!

« Sous madame Dubarri , « Elles allaient à confesse.

« Ahl qu'enfin (et le terme est clair; «L'épouse et l'époux ne soient qu'une chair;

« Et vous , qui nous tentez sans cesse , « Filles, respectez l'habit ([ue voilà. »

Et patati, et patata.

Rien n'est plus moral que ce discours-là.

«Mais, triste clTct du tyiilnis, « Au lieu d'église on rléve « Le temple du dieu Plut us, « Qui sera beau s'il s'achève.

(') Il n'y a point de mauvais discours que no puisse faim oiililior une action généreuse; et rien n'est plus honorable, selon moi, que la protection accordée à des infortunés placés sous lo poids d'une accusation capil.ile. Anssi jo n'aurais pas reproduit ici cette chanson, sans l'espace de scandale (|ue, lors de son apparition, elle causa jusque dans les doux chambres. Mais je ne puis ni'empèclier d':ivouer que, si j'avais pu la condamner ;'i i'onlili , qu'elle mérite sans doute, j'en aurais toujours regretté le dernier couplet. (Note de 1821.)

(.\ l'époque où cette Note fut publii'e, M. Bellart était encore procnronr général. >

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CHANSONS DE BERANGER

«Partout règaent les intrigants; ï On n'interdit plus les extravagants :

■t Ce dernier point n'est pas un rêve , « Puisque en robe ici je dis tout cela. »

Et patati, et patata.

On trouve du bon dans ce discours-là.

Il poursuivait sur ce ton,

Quand deux bisets, sous les armes.

Remènent à Chareuton Cet orateur plein de charmes.

Néanmoins l'avocat Bêlant S'écrie : Ah ! les fous ont bien du talent !

J'ai fait rire et verser des larmes; Mais je n'ai rien dit qui valût cela.

Et patati, et patata.

C'est mol qu'on sifflait sans ce discours-là.

CHANSONS DE BERANGER

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