‹ Chansons de P.J. de Béranger, anciennes et posthumes.-Chapitre 94 sur 340 · LE DIEU DES BONNES GENS · texte numérisé non relu

LE DIEU DES BONNES GENS

Ah\ ilii viiii'li'villi' 'lelit Parlicnin-ée.

Il est un Dieu; devant lui ji' m'incline, Pnuvre et content, sans lui ihunauder rien. De l'univers observant la niachiui', J'y vois (lu mal, et n'aime ijne li^ Inen.

Mais 11' plaisir à ma philosophie RévMe assez des cieux intelligents.

Le verre en main, gaiement je me confie Au Dii'U des lionnes gens.

CHANSONS DE BERANGER

Dans ma retraite où l'on voit l'indigeuce, Sans m'éveiller, assise à mou chevet, Grâce aux amours, bercé par l'espérance, D'un lit plus doux je rêve le duvet.

Aux dieux des cours qu'un autre sacrifi'e ! Moi, qui ne crois qu'à des dieux indulgents , Lo verre en main, gaiement je me confie Au Dieu lies bonnes gens.

Vn conquérant, dans sa fortune altière, Se fit un jeu des sceptres et des lois, Et de ses pieds on peut voir la poussière Empreinte encor sur le bandeau des rois. Vous rampiez tous, ô rois qu'on déifie! Moi, pour braver des maîtres exigeants.

Le verre en main, gaiement je me confie Au Dieu des bonnes gens.

Dans nos palais, où, près de la Victoire, Brillaient les arts, doux fruits des beaux cHiuat? .Tai vu du Nord les peuplades sans gloire De leurs manteaux secouer les frimas.

Sur nos débris Albion nous défie; (') INfeis les destins et les flots sont changeants : I.e verre en main, gaiement je me confie Au Dieu des bonnes gens.

Quelle menace un prêtre fait entendre ! Nous touchons tous à nos derniers instants : L'éternité va se faire comprendre ; ']"out va finir, l'univers et le temps. 0 chérubins à la face bouffie.

Réveillez donc les morts peu diligents.

Le verre en main, gaiement je me eunne Au Dieu des bonnes gens.

Mais quelle erreur! non, Dieu n'est point cûlère; S'il créa tout , à tout il sert d'appui : Tins qu'il nous donne, amitié tutélaire, Et vous , amours , qui créez après lui , Prêtez un charme à ma philosophie Pour dissiper des rêves affligeants.

Le verre en main, que chacun se confie Au Dieu des bonnes gens.

(') Des ciilitiues anglais, tivs- bienveillants d'ailleurs pour notre auteur, lui Mit reproché les traits plaisants ou graves dirigés contre leur nation. Ils auraient dû se rappeler que ces attaques remontent au temps de l'occupation de la France par les armées étrangères qui avaient fait la Restauration, à ce temps où sir Walter Scott venait chez nous écrire les Lettres île Paul : lâche et cruel outrage à un peuple aussi malheureux qu'il avait été grand. L'idée d'entretenir la haine entre deux nations a toujours été loin du cœur de celui qui, ;\ l'évacuation de notre territoire, fut le premier à appeler tous les peuples ;"i une sainte alliance.

CHANSONS DE BERANGER

LA RÈYElllE

Ail; : La Signora malade.

Loin crime Iris volayc Qu'un seigneur m'enlevait, Au printemps , sous l'ombrage , Un jour mou cœur rêvait.

Privé d'une infidèle, Il rêvait qu'une autre belle Volait à mon secours.

Venez, venez, venez, mes amours! {Bia.)

Cette belle était tendre, Tendre et fière à la l'ois; Il me semblait l'entendre Soupirer dans les bois.

C'était une princesse Qui respirait la tendresse Loin de l'éclat des cours.

Venez, venez, venez, mes amours!

Je l'entendais se plaindre Du poids de la grandeur.

Cessant de me eontrainilre, Je lui peins mou ardcLir.

Mes yeux versent divs larmes, Ravis de voir tant de eliarmes Sous de si beaux atours.

Venez, venez, venez, mes amours!

Telle était la merveille Dont je flattais mes sens, Quand soudain mou oreille S'ouvre aux plus doux accents.

Si c'est vous, ma princesse,

Des roses de la tendresse Venez semer mes jours.

Venez, venez, venez, mes amours!

Mais uou, c'est la coquette Du village voisin. Qui m'offre une conquête En corset de basin.

Grandeurs, je vous oublie !

Cette fille est si jcdie !

Ses jupons sont si courts !

Venez, venez, venez, mes amours!

CHANSOIS'S DE BERANGER

Page 1