‹ Chansons de P.J. de Béranger (volume 2)Chapitre 13 sur 95 · LA FILLE DU PEUPLE · texte numérisé non relu

LA FILLE DU PEUPLE

Air d'Aristippe.

Fille du peuple , au chantre populaire

De ton printemps tu prodigues les fleurs.

Dès ton berceau tu lui dois ce salaire ,

Ses premiers chants calmaient tes premiers pleurs.

Va, ne crains pas que baronne ou marquise

Veuille à me plaire user ses beaux atours.

Ma muse et moi nous portons pour devise :

Je suis du peuple ainsi que mes amours.

Quand, jeune encor, j'errais sans renomme'e.

D'anciens châteaux s'offraient-ils à mes yeux;

Point n'invoquais, à la porte fermée,

Pour m'introduire, un nain mystérieux.

Je me disais : Tendresse et poésie

Ont fui ces murs, chers aux vieux troubadours.

Fondons ailleurs mon droit de bourgeoisie ;

Je suis du peuple ainsi que mes amours.

^> 82 <-^ Fi des salons où l'ennui qui se beice Baille entouré d'un luxe éblouissant!

Feu d'artifice éteint par une averse, Quand vient la joie, elle y meurt en naissant. En souliers fins, chapeau frais, robe blanche, Tu veux aux champs courir tous les huit jours : Viens ; tu me rends les plaisirs du dimanche. Je suis du peuple ainsi que mes amours.

Quelle beauté, simple dame ou princesse, A plus que toi de décence et d'attraits? Possède un cœur plus riche de jeunesse. Des yeux plus doux et de plus nobles traits ? Le peuple enfin s'est fait une mémoire : J'ai pour ses droits lutté contre deux Cours; Il te devait au chantre de sa gloire.

Je suis du peuple ainsi que mes amours.

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