‹ Chansons de P.J. de Béranger (volume 2)Chapitre 14 sur 95 · LE GORDON, S'IL VOUS PLAIT · texte numérisé non relu

LE GORDON, S'IL VOUS PLAIT

CHANSON FAITE A LA FORCE, POUR LA FETE DE MARIE. Air du vaudeville des Scythes et des Amazones.

Allons aux champs fêter Marie ;

Hâtons-nous, le plaisir m'attend.

Le pied poudreux, la main fleurie,

Là bas arrivons en chantant, (bis.) Gai voyageur, j'ai mes pipeaux à prendre, Pipeaux qu'un sourd a traités de sifflet. Portier, ce soir, gardez-vous de m'attendre. 1 Je veux sortir; le cordon, s'il vous plaît. ) Le cordon, le cordon, s'il vous plaît, (bis.)

Vite, portier; car on m'accuse D'oublier l'heure du repas.

Jouy déjà gronde ma muse Dont il soutint les premiers pas ^a.

D'amis nombreux quelle troupe riante,

^—> 84 <--î2 Et de beautés quel brillant chapelet!

Dans sa prison l'Aï s'impatiente.

Je veux sortir; le cordon , s'il vous plaît. Le cordon, le cordon, s'il vous plaît.

Beaux jours d'une fête si chère, A revenir toujoui^s trop lents \ Pour nous, l'un de l'autre diffère Au plus par quelques cheveux blancs.

Puisse Marie, à ses goûts si fidèle,

Voir ses élus toujours au grand complet!

Volons chanter la liberté près d'elle.

Je veux sortir; le cordon , s'il vous plaît. Le cordon , le cordon , s'il vous plaît.

Mon vieux portier dort dans sa loge ;

Mes petits vers vont refroidir.

D'un digne époux j'y fais l'éloge ;

Forçons Marie à m'applaudir.

Puis montrons-la courant plaindre des peines , Rendre au malheur l'espoir qui s'envolait, Et consoler un ami dans les chaînes.

Je veux sortir; le ooidon, s'il vous plaît. Le cordon , le cordon , s'il vous plaît.

Mais mon portier, las de se taire ,

Répond qu'on ne sort pas ainsi;

Que j'écrive au propriétaire ;

Que je dois trois termes ici ^^.

Fêtez Marie, ô vous à qui l'on ouvre; Sans moi , pour elle , enfantez maint couplet. Je rougirais d'envoyer dire au Louvre : Je veux sortir ; le cordon , s'il vous plaît. Le cordon , le cordon , s'il vous plaît.

zîf—>- 87 -<— ^ DENYS, WIAITRE D'ÉCOLE ^1

AtR : Il faut bientôt quitter l'empire.

Denys, chassé de Syracuse,

A Corinthe se fait pédant.

Ce roi que tout un peuple accuse, Pauvre et déchu, se console en grondant, [bis.)

Maître d'école au moins il prime ; Son bon plaisir fait et défait des lois, (^bis.)

Il règne encor, car il opprime.

Jamais l'exil n'a corrigé les rois. Çbis.')

Sur le dîner de chaque élève,

Le tyran des Syracusains,

Comme impôt, chaque jour prélève Trois quarts des noix, du miel et des raisins.

Çà, dit-il, qu'on le reconnaisse :

J'ai droit sur tout; je l'ai prouvé cent fois.

Baisez la main : je vous en laisse, Jamais l'exil n'a corrigé les rois.

Un sournois, dernier de sa classe,

Au bas d'un thème mal tourné,

Met ces mots : Grand roi, qu'un dieu fasse Périr tous ceux qui vous ont détrôné!

Vite un prix au sot qui l'adule!

Mon fils, dit-il, tout sceptre est un grand poids,

Sois mon second,- prends la férule.

Jamais l'exil n'a corrigé les rois.

Un autre en secret vient lui dire :

Seigneur, un écolier transcrit,

Là bas, je crois, quelque satire.

C'est contre vousj car voyez comme il rit.

Ce maître d'humeur répressive, Jie l'accusé courant tordre les doigts,

Dit : je ne veux plus qu'on écrive.

Jamais l'exil n'a corrigé les rois.

s^^ 89 ^-^ Rêvant un jour que l'on conspire; Rêvant qu'il court de grands dangers, Ce fou , tremblant pour son empire ,

Voit ses marmots narguer deux étrangers. Chers étrangers, dans ce repaire

Entrez, dit-il, sur eux vengez mes droits. Frappez ; pour eux je suis un père.

Jamais l'exil n'a corrigé les rois.

Enfin, pères, mères, grand'mères De maint enfant trop bien fessé , L'accablant de plaintes amères,

L'ancien tyran, de Corinthe est chassé.

Mais pour agir encore en maître ;

Maudire encor sa patrie et ses lois.

De pédant, Denys se fait prêtre.

Jamais l'exil n'a corrigé les rois.

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