‹ Chansons de P.J. de Béranger (volume 2)Chapitre 17 sur 95 · LES CINQ ÉTAGES · texte numérisé non relu

LES CINQ ÉTAGES

Air : Dans cette maisoa à quinze au», ou J'étais bon chasseur autrefois.

Dans la soupente du portier Je naquis au rez-de-chaussée.

Par tous les laquais du quartier, A quinze ans je fus pourchassée.

Mais bientôt un jeune seigneur M'enlève à leur doux caquetage.

Ma vertu me vaut cet honneur; Et je monte au premier étage.

Là, dans un riche appartement

Mes mains deviennent des plus blanches ,•

Grâce à l'or de mon jeune amant.

Là, tous mes jours sont des dimanches ;

Mais par trop d'amour emporté.

Il meurt. Ah! pour moi quel veuvage!

Mes pleurs respectent ma beauté;

Et je monte au deuxième étage.

^> 108 <-^ Là, je trompe un vieux duc et pair Dont le neveu touche mon âme.

Ils ont, d'un feu payé bien cher.

L'un la cendre et l'autre la flamme.

Vient un danseur; nouveaux amours!

La noblesse alors déménage.

Mon miroir me sourit toujours; Et je monte au troisième étage.

Là, je plume un bon gros Anglais, Qui me croit et veuve et baronne; Puis deux financiers vieux et laids; Même un prélat, Dieu me pardonne!

Mais un escroc que je chéris Me vole en parlant mariage.

Je perds tout; j'ai des cheveux gris, Et je monte encore un étage.

Au quatrième, autre métier.

Des nièces me sont nécessaires ; Nous scandalisons le quartier ; Nous nous moquons des commissaires.

^^ 109 ^-^ Mangeant mon pain à la vapeur^ Des plaisirs je fais le ménage.

Trop vieille enfin je leur fais peur, Et je monte au cinquième étage.

Dans la mansarde me voilà , Me voilà pauvre balayeuse.

Seule et sans feu, je finis là Ma vie au printemps si joyeuse.

Je conte à mes voisins surpris Ma fortune à différents âges, Et j'en trouve encor des débris En balayant les cinq étages.

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