‹ Chansons de P.J. de Béranger (volume 2)Chapitre 18 sur 95 · L'ALCHIMISTE · texte numérisé non relu

L'ALCHIMISTE

Air de la bonne vieille , ou d'Aristippe.

Tu vas, dis-tu, vieux et pauvre alchimiste,

Tirer de l'or des métaux indigens,

Et, faisant plus, pour moi que l'âge attriste,

Me rajeunir par de secrets agens.

J'ouvre ma bourse à ta science occulte.

Mon cœur crédule au grand œuvre a recours.

Chacun pourtant conservera son culte.

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Sur ce brasier souffle donc en silence,

Ou d'un vieux livre interroge les mots '^^.

Ton art est siir; le Pactole et Jouvence

Dans ce creuset vont marier leurs flots.

L'œil sur ce feu , que tu rêves de choses !

Vois-tu déjà le sourire des Cours ?

Moi, pour mon front je n'attends que des roses.

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Ivre d'espoir, quel délire t'égare!

«O rois, dis-tu, baisez mes pieds poudreux.

«J'aurai plus d'or que Gortès et Pizarre

«N'en ont conquis pour d'autres que pour eux. »

Naguère encor, toi qui vivais d'aumônes,

Déjà l'orgueil rugit dans tes discours.

Achète au poids et sceptres et couronnes.

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Oui, rends-moi-les avec leur indigence 5 Rends à mon âme un corps plus vigoureux; A mon esprit ôte l'expérience , Souffle en mon cœur un sang plus généreux. Puis t'écliappant de ton palais de marbre, En char pompeux bercé sur le velours, Vois-moi dormir, heureux au pied d'un arbre. Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Je sais pourtant ce que vaut la richesse; Mais j'aime encor; je possède, et, cent fois , J'ai craint de voir ma trop jeune maîtresse Compter mes ans et les siens par ses doigts.

C'est du soleil qui sied à sa peau brune;

C'est de l'été qu'il faut à nos amours.

Celle que j'aime est sourde à la fortune.

Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beaux jours.

Mais au creuset ta main que trouve-t-elle? Rien! te voilà plus pauvre, et moi plus vieux. «Non, non, dis-tu; demain, lune nouvelle; «Recommençons; demain nous serons dieux. » Tu mens, vieillard; mais d'erreurs caressantes J'ai tant besoin, que je te crois toujours. Sur mon front nu , vois ces rides naissantes. Tout l'or pour toi, mais rends-moi mes beauxjours.

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