LES CONTREBANDIERS
Le Bon Sens d'un homme de rien ' est un livre d'un grand sens fait par un homme de beaucoup d'esprit. Dans vin cadre fort original, l'aviteur, philanthrope consciencieux et instruit, a traité beaucoup de questions économiques qu'il a su revêtir d'une forme à la fois piquante et familière. Les questions politiques y sont également abordées avec une franchise toute bretonne. Le style de cet ouvrage, remarquable par une correction sans recherche et une naïveté sans affectation , décèle un très rare talent d'écrivain , fait pour s'illustrer dans la défense des intérêts populaires. A l'appui de cette opinion , on peut lire le discours prononcé par M. Bernard, à la Chambre, lors de la discussion sur la réforme dvi Code pénal.
'9 EMILE DEBRAUX.
Emile Debraux est mort au commencement de 1831 , à l'âge de trente-trois ans. Peu de chansonniers ont pu se vanter d^une popularité égale à la sienne, qui, certes, était bien méritée. Les chansons de la Colonne; Soldat, t'en souviens -tu? Fanfan la Tulipe; Mon petit Blimile, etc. , ont eu un succès prodigieux, non seulement dans les guinguettes et les ateliers, mais aussi dans les salons libéraux.
* Un volume in-8°, prix, 6 francs; chez Perrotin, rue des Filles-Saint- Thomas, n° I ; et rue des Beaux-Arts, u° g.
L'existence de Debraux n'en resta pas moins obscure : il ne savait ni se faire valoir, ni solliciter. Pendant la Restauration , il se laissa poursuivre, juger, condamner, emprisonner, sans se plaindre, et je ne sais si une seule feuille publique lui adressa deux mots de consolation. Souvent il fut réduit à faire des copies et à barbouiller des rôles pour nourrir sa femme et ses trois enfans.
Les sociétés chantantes, dites Goguettes, le recherchèrent toutes, et je crois qu'il n'en négligea aucune. Si, dans ces réunions, Debraux se laissa aller à son penchant pour la vie insouciante et joyeuse , il faut dire que par des soins utiles elles adoucirent ses derniers momens, rendus si pénibles par une maladie lente et douloureuse.
Sa pauvre famille n'a obtenu que d'incertains et faibles se cours dans la répartition faite par le Comité des récompenses nationales. Pourtant les chansons de Debraux, en contribuant à exalter le patriotisme du peuple , ont concouru au triomphe de Juillet, qu'à son lit de mort il a salué d'une voix défaillante.
3o PONIATOWSKl.
Joseph roniatowski , neveu du dernier roi de Pologne , né en 1766, servit glorieusement dans les armées françaises depuis 1806 jusqu'à 1813. Après la bataille de Leipzig, Napoléon réleva au grade de maréchal d'empire , et lui donna le commandement d'un corps de Polonais et de Français, à la tête duquel il fit des prodiges de valeur. Le 18 octobre, les ponts de l'Elster ayant été détruits pour couvrir notre retraite , Ponia-
towski , resté à l'arrière-garde et pressé de toutes parts par les troupes ennemies, rejette les propositions que leurs généraux lui font faire. Dangereusement blessé, il s'écrie : Dieu m'a confié l'honneur des Polonais, je ne le remettrai qu'à Dieu. 11 tente de s'ouvrir un passage à travers le fleuve, mais épuisé de sang, et entraîné par les flots, il disparaît englouti. Ce n'est que quelques jours après que son corps fut trouvé sur les bords de l'Elster.
Cette chanson, celles de Hâtons-nous ! du \k juillet 1829, et A mes amis les ministres, furent publiées en 1831 , au profit du Comité polonais. Elles étaient précédées d'une dédicace au général Lafayette , président de ce Comité , et premier grenadier de la garde nationale de Varsovie. Dans la dédicace , trop longue pour être rapportée ici , se trouvaient deux couplets qu'on me saura gré peut-être de donner, parce qu'ils sont un hommage au héros des deux mondes.
Sa vie entière est comme un docte onvrage.
Par la vertu transcrit, conçu, dicté.
La gloire y brille ; à chaque jour sa page.
Point à^errata : tout pour la liberté.
De bien long-temps qu'à nos pleurs Dieu ne livre.
Si plein qu'il soit, le chapitre dernier,
Et qu'un seul mot constate en ce beau livre
Que le grand homme aima le chansonnier.
Comme il s'agissait de solliciter des secours d'argent pour la Pologne, j'ajoutais, sur l'air de la Sainte-Alliance des peuples:
Le Polonais de son schako civique Ceint votre front, ce front que tant de fois Olmutz, Paris, l'Europe, et l'Amérique Ont vu si calme intimider les rois.
Lorsque je chante honneur, gloire, souffrance^ Si dans les cœurs ma voix trouve un écho, Pour recueillir l'obole de la France, Tendez votre schako.