LE SUICIDE
J'ai connu ces deux jeunes gens, dont la fin a été si déplorable. Lebras m'avait adressé quelques pièces de vers patriotiques. Sa constitution était faible et maladive , mais tout annonçait en lui un cœur honnête et bon. Malgré l'accueil que je lui fis à la Force, où il vint me voir, il cessa de me visiter après ma sortie. Je n'en puis donc dire que fort peu de chose. J'ai bien mieux connu Escousse. C'est à la Force aussi qu'il vint me trouver , en m'apportant une fort jolie chanson que ma détention lui avait inspirée. Alors et depuis, je lui prodiguai les marques du plus vif intérêt et les conseils de l'expérience. Peu déjeunes auteurs
m'ont fait concevoir une meilleure idée de leur avenir, moins par ses essais que par le jugement qu'avec tant de candeur il en portait lui-même. Lors du succès de Faruch le Maure , il m'écrivit : Je me souviens de ce que vous m'avez dit ; ne craignez rien. Mon triomphe ne m'a pas enivré. J'en ai été étourdi tout au plus cinq minutes.
Son malheur fut celui qui menace plus ou pioins aujourd'hui beaucoup d'hommes de son âge , dans l'espèce de serre chaude où nous vivons, La raison d'Escousse avait acquis une trop prompte maturité. Une tête ainsi faite sur un corps d'enfant n'est propre qu'à flétrir la jeunesse , quand cette précocité n'est pas le rare effet d'une organisation particulière. Elle produit un besoin de perfection qui, ne sachant à quoi se prendre, désenchante la vie à son plus bel âge. Je n'attribue qu'à une sorte de découragement la funeste résolution de ce malheureux et intéressant jeune homme. Il y eut aussi fatalité pour Lebras et pour lui à .s'être rencontrés avec des dispositions semblables. Loin l'un de l'autre, peut-être tous deux se fussent-ils soumis à leur destinée, qu'ils s'encouragèrent à terminer violemment.
Une feuille publique a accusé Escousse d'incrédulité absolue. Pour repousser cette accusation , je me crois obligé de citer les derniers mots de la lettre qu'il m'écrivit quelques heures avant l'exécution de son déplorable dessein : Vous m'arez connu, Déranger : Dieu me permettra-t-il de voir du coin de l'œil la place qu'il vous réserve là haut?
Outre les drames de Faruch et de Pierre III, Escousse a laissé des chansons d'un style un peu négligé sans doute, mais empreintes des nobles sentimens et des pensées généreuses qui inspirèrent quelques actions de sa trop courte carrière.
On m'a raconté que, .sur le point d'être surpris avec une per-
sonne que sa présence pouvait compromettre, il se précipita d'un second étage dans une cour pavée. Son dévouement lui porta bonheur; il n'en résulta pour lui ni blessure ni contusion.
En 1830, le 28 juillet, il se rendit de grand matin à la place de Grève , y combattit tout le jour, toute la nuit, et se trouva le lendemain à la prise du Louvre et des Tuileries. Après la victoire du peuple, Escousse ne dit mot des dangers qu'il avait courus, et, quoiqu'il fût pauvre et sans appui, ne voulut jamais adresser de demande d'aucun genre à la Commission des récompenses nationales.
Et c'est à dix-neuf ans qu'il a volontairement mis fin à une pxistence qui promettait d'être si belle et si féconde !
TABLE
pages.
Dédicace. 1
Préface. 7
Le feu du Prisonnier. '45
Mes Jours gras de 1829. ^9
Le 14 Juillet 1829. 53
Passez , Jeunes Filles. 57
Le Cardinal et le Chansonnier. 61
Couplet. 65
Mon Tombeau. 67
Les Dix mille francs. 7 1
Le Juif errant. 75
Couplet. 79
La Fille du Peuple. 81
Le Cordon, s'il vous plaît! 83
Denys, maître d'école. 87
Laideur et Beauté. 91
Le Vieux Caporal. 95
Couplet aux Jeunes Gens. 99
Le Bonheur. 101
Couplet. 105
Les Cinq Etages. 107
L'Alchimiste. 111
Chant funéraire- * ' *
Pages
Jeanne la Rousse. 1 19
Les Reliques. 1 23
La Nostalgie. 1 27
Ma Nourrice. 1 3 1
Les Contrebandiers. 135
Ames Amis, devenus ministres. 141
Gotton. 145
Colibri. ȉl
Emile Debraux. l*i>
Le Proverbe. 1 ^'J
Les Feux follets. 161
Poniatowski. 165
Hàtons-nous! , IC9
L'Écrivain public. 173
A M. de Chateaubriand. 177
Conseil aux Belges. 181
Le Refus. »8-'>
La Restauration de la Chanson. 189
Souvenirs d'Enfance. 195
Le Vieux Vagabond. 199
Couplets adressés à des babitans de l'Ile-de-France. 203
Cinquante Ans. 205
Jacques. 209
Les Orangs-Outangs. 213
Les Fous. 2 * '
Le Suicide. 221
Le Ménétrier de Meudon. 225
Jean de Paris. 229
Prédiction de Nostradamus. 235
Pages.
Passy. 239
Le Vin de Chypre. 24 1
Les quatre Ages historiques. 245
La Pauvre Femme. 249
Les Tombeaux de Juillet. 253
Adieu , Chansons ! 259
Notes. 2C3
fIN' DF. L.4 TABLE.