‹ Chansons de P.J. de Béranger (volume 2)Chapitre 57 sur 95 · LA MORT DE TRESTAILLON · texte numérisé non relu

LA MORT DE TRESTAILLON

Air de toutes les Complaintes.

Venez tous, bons catholiques, Jésuites, grands et petits, Et vous, nouveaux convertis.

Vous, nos meilleures pratiquer, Venez dire un in pace Poiu" un héros trépassé.

Bénissons tous la mémoire De monsieur de Trestaillon.

De la Restauration Lui seul ayant fait la gloire. Sa mort, vrai malheur public, Est un fâcheux pronostic^

Portefaix cité dans Nimes Pour sa douc« piété,

D'assassin il fut traité Par de brutales victimes, Quand son bras sur tel ou tel Vengea le trône et l'autel.

Souvent ivre de rogomme,

Ou surpris en mauvais lieu,

Pour rester pur devant Dieu,

Tous les huit jours, ce digne homme

Communiait saintement

Soit à jeun , soit autrement.

Fort de sa cocarde blanche, A tuer des protestans Il consacrait tout son temps, Sans excepter le dimanche ; Car il s'était procuré Des dispenses du curé.

Miracle ! en vain il s'amuse A massacrer en plein jour ; Traduit devant une cour, Aucun témoin ne l'accuse.

Les juges au prévenu Disent : Ni vu ni connu.

Riche alors de mainte somme Qui lui venait de bien haut.

Il buvait frais au temps chaud, Vivant en bon gentilhomme,

Et chacun avait grand soin De le saluer de loin.

Mais la mort rien ne respecte ; Elle vient nous le ravir, Quand il pouvait nous servir Contre tous ceux qu'on suspecte.

Il meurt en disant : Corbleu !

J'aurais été cordon bleu.

Des nobles portent sa bière :

Nos magistrats sont en deuil :

Le clergé , la larme à l'œil , Marche avec croix et bannière; Ainsi l'on ne dira pas Que les prêtres sont ingrats.

On vient d'écrire au Saint-Père Pour qu'il soit canonisé.

Quoique ce soit bien usé, Dans peu l'on verra , j'espère, Nos loups, chassant les brebis , Lui dire : Orapro no bis l

En attendant ses reliques Qu'à Mont- Rouge on bénira.

Ses exploits on donnera En exemple aux catholiques, Afin que sans examen Chacmi d'eux l'imite. Amen.

Page 1