‹ Chansons de P.J. de Béranger (volume 2)Chapitre 74 sur 95 · SB · texte numérisé non relu

SB

Et plus d'un prêtre M'honora de son corps.

Sortez vite et rentrez souvent, Le jour baisse, Servez votre abbesse, Mes filles, malgré pluie ou vent En avant, Pour l'honneur du couvent.

De votre ancienne

Apprenez Tart,

Mettez du fard Et du rouge qui tienne.

Grosse Adrienne,

Parfumez-vous ;

Madame Etienne, L'on voit les cheveux roux.

Nina le soir,

Schall ni mouchoir,

Qu'on puisse voh' La gorge blanche et grasse.

Vous, Paméla,

Cachez cela,

Et qu'on vous fasse D'autres reins que ceux-là.

Sortez vite, et rentrez souvent, Le jour baisse.

Servez votre abbesse.

Mes filles, malgré pluie ou vent En avant, Pour l'honneur du couvent.

Que tout rapporte.

Vous serez huit

Jusqu'à minuit De garde sur la porte.

Qu'une autre sorte

Carton en main,

Et fasse en sorte Qu'on l'accoste en chemin.

Chez Maréchal

.T'envoie au bal

Trois des moins mal ; Autant au Vaudeville,

Et tiens à part

Pour maint richard,

En femme habile, Des vierges de hasard.

Sortez vite et rentrez souvent.

Le jour baisse, Servez votre abbesse, Mes filles, malgré pluie ou veiît En avant, Pour l'honneur du couvent.

L'œil d'une fille Juge à l'habit

De l'acabit Des gens qu'elle émoustille.

Tout vieux qui brille

Donne aux catins ;

Sans crainte on pille Des cagots libertins.

A nos prélats

De jeûnes las

Dieu veuille, hélas !

Rendre des bénéfices;

Quand chacun perd,

Qui paiera cher.

Hors des novices Ou quelque duc et pair ?

Sortez vite et rentrez souvent.

Le jour baisse, Servez votre abbesse, Mes filles, malgré pluie ou vent En avant, Pour l'honneur du couvent.

L'art de complaire

A tous les goûts,

Doit parmi vous Etre l'unique affaire.

Un mousquetaire

Va tout de bon ;

Mais qu'il faut faire De frais pour un barbon !

Vous traitât-on

Comme mi jeton,

Souffrez ce ton, Chacun a son système,

Il faudrait pour

Les gens de cour,

De sexe même Changer dix fois par jour.

Sortez vite, et rentrez souvent, Le jour baisse.

Servez votre abbesse, Mes filles, malgré pluie ou vent, En avant, Pour l'honneur du couvent.

Allez séduire

Sages et foux,

Laissons de nous Les duchesses médire.

Nous pouvons rire

Nous qui plaisons ;

L'envie aspire A perdre nos maisons.

Mais nos talens,

Plus que galans,

Sont désolans Pour les prudes lubriques.

Rien ne nous vaut,

Livrons assaut

Même aux pratiques Des catins comme il faut.

Sortez vite et rentrez souvent, Le jour baisse, Servez votre abbesse.

Mes filles, malgré pluie ou vent En avant, Pour l'honneur du couvent.

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