LES DEUX SOEURS
ou LE CAS DE CONSCIENCE.
Air : De Laujou, je vous prêterai mon manchon.
Zoé, de votre sœur cadette, Que voulez-vous entre deux draps!
Que sans chemise je me mette?
Fi ! ma sœur, n'y pensez pas.
Mais à vos fins vous voilà parvenue, Et vous baisez ma gorge nue.
Vous me tiraillez.
Vous me chatouillez, M'émoustillez ; Mais au fond ce n'est rien.
Je le sens bien ; Mais au fond ce n'est rien.
Pour vous en prendre â notre sexe, Avez-vous mis l'autre aux abois?
C'est peu que votre main me vexe, Vous usez pour vous de mes doigts :
La tête aux pieds la voilà qui se couche ; Ciel! où mettez-vous votre bouche?
Ah! pour une sœur, Quelle noirceur !
Quelle douceur!
Mais au fond ce n'est rien,
Je le sens bien ; Mais au fond ce n'est rien.
Rougirions-nous , je le demande, Si nos amans pouvaient nous voir?
Pourtant il faut que je vous rende Le plaisir que je viens d'avoir.
Je m'enhardis ; car jamais, que je sache, Je n'ai baisé d'homme à moustache.
Ah ! nous jouissons.
Et des garçons
Nous nous passons.
Mais au fond ce n'est rien,
Je le sens bien ; Mais au fond ce n'est rien.
Ne croyez pas que je contracte Ce goût déjà trop répandu.
C'est bon pour amuser l'entr'acte Quand le grand acteur est rendu.
Ce que je crains, ô sœur trop immodeste, C'est d'avoir commis un inceste.
Peut-être est-ce un cas
Dont nos prélats
Ne parlent pas.
Car au fond ce n'est rien,
Je le sens bien ; Car au fond ce n'est rien.