ACCIDENT ARRIVÉ A UNE FILLE VERTUEUSE
Air : Je veux être un chien.
Maman ! que je souffre à l'endroit Où décemment je mets le doigt !
Vite, il faut qu'on me déshabille.' Moi, qui tiens si fort à l'honneur, M'arriverait-il un malheur?
Ah ! fiche ! ah ! chien !
Non, je n'y conçois rien ; Mais j'accouche, foi d'honnête fille.
Pourtant, je ne grossissais pas.
Je n'avais qu'un peu plus d'appas...
Ça complétait ma pacotille, La vertu m'avait réussi.
Dieux!... l'accoucheur est- il ici?
Ah ! fiche ! ah ! chien I Non, je n'y conçois rien ; Mais j'accouche, foi d'honnête fille.
Cela me vint-il en dormant, Ou par l'eîFet d'un sentiment?
Car moi, c'est par là que je brille ; Serait-ce mon baron perclus ?
Bon!... s'il avait ce qu'il n'a plus.
Ah ! fiche ! ah ! chien !
Non, je n'y conçois rien ;
Mais j'accouche, foi d'honnête fille.
N'est-ce pas un soir que, fort tard, Sur ma porte un galant hussard En passant me trouva gentille ?
Il n'a tenté qu'un faible essai. ...
J'étais retroussée, il est vrai.
Ah ! fiche ! ah ! chien !
Non, je n'y conçois rien ; Mais j'accouche, foi d'honnête fille- Ce n'est pas mon Italien, Il m'a prouvé son goût trop bien :
Il n'aura jamais de famille.
A sa guise il était reçu — M'eût-il trompée à mon insu?
Ah ! bigre ! ah ! chien !
Non, je n'y conçois rien ; Mais j'accouche, foi d'honnête fille.
Vivez donc de privations !
Prenez donc des précautions !
Sans la sauce mangez l'anguille !
Beau moyen et bien éprouvé !
J'en suis pour un enfant trouvé.
Ah ! fiche ! ah ! chien !
Non, je n'y conçois rien; Mais j'accouche, foi d'honnête fille.