‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 10 sur 145 · ROGER BONTEMPS · texte numérisé non relu

ROGER BONTEMPS

Air : Ronde du camp de Grandpré.

Aux gens atrabilaires Pour exemple donné, En un temps de misères Roger Bontemps est né.

Vivre obscur à sa guise , Narguer les mécontens ; Eh gai ! c'est la devise Du gros Roger Bontemps.

Du chapeau de son père , Coiffé dans les grands jours, De roses ou de lierre Le rajeunir toujours :

Mettre un manteau de bure , Vieil ami de vingt ans ; Eh gai ! c'est la parure Du gros Roger Bontemps.

Posséder dans sa hutte Une table, un vieux lit, Des cartes , une flûte , Un broc que Dieu remplit , Un portrait de maîtresse,

Un coffre et rien dedans ; Eh gai ! c'est la richesse Du gros Roger Bontemps.

Aux enfans de la ville Montrer de petits jeux; Etre un feseur habile De contes graveleux ; Ne parler que de danse Et d'almanachs chantans ; Eh gai! c'est la science Du gros Roger Bontemps.

Faute de vin d'élite, Sabler ceux du canton ; Préférer Marguerite Aux dames du grand ton ; De joie et de tendresse Remplir tous ses instans ; Eh gai ! c'est la sagesse Du gros Roger Bontemps.

Dire au ciel : Je me fie, Mon père, à ta bonté ; De ma philosophie Pardonne la gaîté ; Que ma saison dernière Soit encore un printemps :

Eh gai ! c'est la prière Du gros Roger Bontemps.

Vous , pauvres pleins d'envie , Vous, riches désireux, Vous , dont le char dévie Après un cours heureux ; Vous, qui perdrez peut-être Des titres éclatans, Eh gai ! prenez pour maître Le gros Roger Bontemps.

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