‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 110 sur 145 · MATHURIN BRUNEAU · texte numérisé non relu

MATHURIN BRUNEAU

Air : Du Ballet des Pierrots.

Quoi! tu veux régner sur la France!

Es-tu fou, pauvre Mathurin?

Nechange point ton indigence Contre tout l'or d'un souverain.

Sur un trône l'ennui se carre, Fier d'être encensé par des sots.

Croyez -moi, prince de Navarre, Prince, faites -nous des sabots.

Des leçons que le malheur donne, Tu n'as donc point tiré de fruit.

Réclamerais - tu la couronne, Si le malheur t'avait instruit?

Cette ambition n'est point rare, Même ailleurs que chez les héros.

Croyez -moi, prince de Navarre, Prince, faites -nous des sabots.

Dans le rang que toi-même espères, Trompés par des flatteurs câlins ,

1 Tout le monde se rappelle que Mathurin Bruncau, reconnu pour être fils d'un sabotier, affectait de se donner le titre de Prince de Navarre.

Que de rois se disent les pères D'enfans qui se croient orphelins!

Régner, c'est n'être point avare De lois, de rubans, de grands mots.

Croyez -moi, prince de Navarre, Prince, faites -nous des sabots.

Quand tu combattrais avec gloire, Sache que plus d'un conquérant Se voit arracher la victoire Par un général ignorant. Un Anglais, aidé d'un Tartare, Foule aux pieds de nobles drapeaux.

Croyez -moi, prince de Navarre, Prince, faites -nous des sabots.

Combien d'agens illégitimes

Servent la légitimité!

Trop tard sur les malheurs de Nîmes

On éclairerait ta bonté.

Le roi qu'au Pont -neuf on répare

Parle en vain pour les Huguenots.

Croyez -moi, prince de Navarre,

Prince, faites -nous des sabots.

De tes maux quel serait le terme, Si quelques alliés sans foi Prétendaient que tu tiens à ferme Le trône que tu dis à toi?

De jour en jour leur ligue avare

Augmenterait le prix des baux.

Croyez -moi, prince de Navarre, Prince, faites -nous des sabots.

Enfin pourrais -tu sans scrupule, Graissant la pâte au saint Esprit.

Faire un concordat ridicule Avec ton père en Jésus - Christ ?

Pour lui redorer sa tiare, Tu nous surchargerais d'impôts.

Croyez -moi, prince de Navarre, Prince, faites -nous des sabots.

D'ailleurs ton métier nous arrange :

Nos amis nous ont fait capot. C'est pour que l'étranger la mange Que nous mettons la poule au pot.

De nos souliers même on s'empare Après avoir pris nos manteaux.

Croyez -moi, prince de Navarre, Prince, faites -nous des sabots.

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