‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 18 sur 145 · AINSI SOIT-IL · texte numérisé non relu

AINSI SOIT-IL

Air : Alléluia.

Je suis devin, mes chers amis; L'avenir qui nous est promis Se découvre à mon art subtil.

Ainsi soit -il !

Plus de poëte adulateur ; Le puissant craindra le flatteur ; Nul courtisan ne sera vil.

Ainsi soit-il !

Plus d'usuriers, plus de joueurs, De petits banquiers grands seigneurs, Et pas un commis incivil.

Ainsi soit-il !

L'amitié, charme de nos jours, Ne sera plus un froid discours Dont l'infortune rompt le fil.

Ainsi soit-il !

La fille, novice à quinze ans, A dix -huit avec ses amans N'exercera que son babil.

Ainsi soit-il !

Femme fuira les vains atours , Et son mari pendant huit jours Pourra s'absenter sans péril.

Ainsi soit -il !

L'on montrera dans chaque écrit Plus de génie et moins d'esprit, Laissant tout jargon puéril.

Ainsi soit- il !

L'auteur aura plus de fierté, L'acteur moins de fatuité :

Le critique sera civil.

Ainsi soit -il !

On rira des erreurs des grands, On chansonnera leurs agens , Sans voir arriver l'alguazil.

Ainsi soit -il !

En France enfin renaît le goût ; La justice règne partout, Et la vérité sort d'exil.

Ainsi soit -il !

Or, mes amis, bénissons Dieu, Qui met chaque chose en son lieu Celles-ci sont pour l'an trois mil.

Ainsi soit-il !

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