‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 19 sur 145 · L'ÉDUCATION DES DEMOISELLES · texte numérisé non relu

L'ÉDUCATION DES DEMOISELLES

Air : Tra la la-, l'Amour est là.

Le bel instituteur de filles Que ce monsieur de Fénélon!

Il parle de messe et d'aiguilles :

Maman , c'est un sot tout du long.

Concerts, bals et pièces nouvelles Nous instruisent mieux que cela.

Tra la la la, les demoiselles, Tra la la la, se forment là.

Qu'à broder une autre s'applique ; Maman, je veux au piano, Avec mon maître de musique D'Armide chanter le duo.

Je crois sentir les étincelles De l'amour dont Renaud brûla.

Tra la la la, les demoiselles, Tra la la la , se forment là.

Qu'une autre écrive la dépense ; Maman, pendant une heure ou deux, Je veux que mon maître de danse M'enseigne un pas voluptueux.

Ma robe rend mes pieds rebelles:

Un peu plus haut relevons -la.

Tra la la la, les demoiselles, Tra la la la, se forment là.

Que sur ma sœur une autre veille ;

Maman, je veux mettre au salon.

Déjà je dessine à merveille

Les contours de cet Apollon.

Grand Dieu, que ses formes sont belles!

Surtout les beaux nus que voilà!

Tra la la la, les demoiselles,

Tra la la la, se forment là.

Maman, il faut qu'on me marie, La coutume ainsi l'exigeant.

Je t'avoiirai, ma chère amie, Que même le cas est urgent.

Le monde sait de mes nouvelles , Mais on y rit de tout cela.

Tra la la la, les demoiselles, Tra la la la, se forment là.

MADAME CxREGOIRE.

Air : C'est le gros Thomas.

C'était de mon temps Que brillait madame Grégoire.

J'allais à vingt ans Dans son cabaret rire et boire ; Elle attirait les gens Par des airs engageans.

Plus d'un brun à large poitrine Avait là crédit sur la mine.

Ah! comme on entrait Boire à son cabaret!

D'un certain époux, Bien qu'elle pleurât la mémoire,

Personne de nous N'avait connu défunt Grégoire 5 Mais à le remplacer, Qui n'eût voulu penser!

Heureux l'écot où la commère Apportait sa pinte et son verre !

Ah! comme on entrait Boire à son cabaret!

Je crois voir encor Son gros rire aller jusqu'aux larmes,

Et sous sa croix d'or L'ampleur de ses pudiques charmes.

Sur tous ses agrëmens Consultez ses amans :

Au comptoir la sensible brune Leur rendait deux pièces pour une.

Ah! comme on entrait Boire à son cabaret!

Des buveurs grivois Les femmes lui cherchaient querelle.

Que j'ai vu de fois Des galans se battre pour elle!

La garde et les amours Se chamaillant toujours, Elle, en femme des plus capables, Dans son lit cachait les coupables.

Ah! comme on entrait Boire à son cabaret!

Quand ce fut mon tour D'être en tout le maître chez elle,

C'était chaque jour Pour mes amis fête nouvelle.

Je ne suis point jaloux :

Nous nous arrangions tous.

L'hôtesse poussant à la vente, Nous livrait jusqu'à la servante.

Ah! comme on entrait Boire à son cabaret!

Tout est bien changé :

N'ayant plus rien à mettre en perce,

Elle a pris congé Et des plaisirs et du commerce.

Que je regrette, hélas!

Sa cave et ses appas !

Long-temps encor chaque pratique S'écrira devant sa boutique :

Ah! comme on entrait Boire à son cabaret!

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