‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 46 sur 145 · TRINQUONS · texte numérisé non relu

TRINQUONS

Air : La Catacoua.

Trinquer est un plaisir fort sage, Qu'aujourd'hui l'on traite d'abus.

Quand du mépris d'un tel usage Les gens du monde sont imbus, De le suivre, amis, faisons gloire, Riant de qui peut s'en moquer;

Et pour choquer,

Nous provoquer, Le verre en main, en rond nous attaquer, D'abord nous trinquerons pour boire , Et puis nous boirons pour trinquer.

A table, croyez que nos pères N'enviaient point le sort des rois, Et qu'au fragile éclat des verres Ils le comparaient quelquefois.

A voix pleine ils chantaient Grégoire, Docteur que l'on peut expliquer;

Et pour choquer,

Se provoquer, Le verre en main , tous en rond s'attaquer, Nos bons aïeux trinquaient pour boire, Et puis ils buvaient pour trinquer.

a^-*. 139 «hb

L'Amour alors près de nos mères , Faisant chorus, battant des mains, Rapprochait les cœurs et les verres , Enivrait avec tous les vins.

Aussi n'a-t-on pas la mémoire Qu'une belle ait voulu manquer,

Pour bien choquer,

A provoquer, Le verre en main, chacun à l'attaquer : D'abord elle trinquait pour boire , Puis elle buvait pour trinquer.

Qu'on boive aux maîtres de la terre, Qui n'en boivent pas plus gaîment; Je veux, libre par caractère, Boire à mes amis seulement.

Malheur à ceux dont l'humeur noire S'obstine à ne point remarquer

Que pour choquer,

Se provoquer, Le verre en main , tous en rond s'attaquer, L'amitié, qui trinque pour boire, Boit bien plus encor pour trinquer.

Page 1