‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 6 sur 145 · LA BACCHANTE · texte numérisé non relu

LA BACCHANTE

AtR : Fournissez un canal au ruisseau.

Cher amant, je cède à tes désirs :

De Champagne enivre Julie.

Inventons, s'il se peut, des plaisirs; Des Amours épuisons la folie.

Verse-moi ce joyeux poison;

Mais, surtout, bois à ta maîtresse :

Je rougirais de mon ivresse,

Si tu conservais ta raison.

Vois déjà briller dans mes regards

Tout le feu dont mon sang bouillonne.

Sur ton lit , de mes cheveux épars , Fleur à fleur, vois tomber ma couronne.

Le cristal vient de se briser :

Dieux, baise ma gorge brûlante,

Et taris l'écume enivrante

Dont tu te plais à l'arroser.

Verse encor ! mais pourquoi ces atours

Entre tes baisers et mes charmes?

Romps ces nœuds, oui, romps-les pour toujours Ma pudeur ne connaît plus d'alarmes.

Presse en tes bras mes charmes nus.

Ah! je sens redoubler mon être!

A l'ardeur qu'en moi tu fais naître Ton ardeur ne suffira plus.

Dans mes bras tombe enfin à ton tour ;

Mais, hélas! tes baisers languissent.

Ne bois plus , et garde à mon amour Ce nectar où tes feux s'amortissent.

De mes désirs mal apaisés, Ingrat, si tu pouvais te plaindre, J'aurai du moins pour les éteindre Le vin où je les ai puisés.

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