‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 7 sur 145 · LE SÉNATEUR · texte numérisé non relu

LE SÉNATEUR

Air : J'ons un curé patriote.

Mon épouse fait ma gloire :

Rose a de si jolis yeux!

Je lui dois, Ton peut m'en croire,

Un ami bien précieux.

Le jour où j'obtins sa foi,

Un sénateur vint chez moi.

Quel honneur!

Quel bonheur!

Ah! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.

De ses faits je tiens registre :

C'est un homme sans égal.

L'autre hiver, chez un ministre, Il mena ma femme au bal.

S'il me trouve en son chemin , Il me frappe dans la main.

Quel honneur!

Quel bonheur!

Ah! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.

Près de Rose il n'est point fade, Et n'a rien de freluquet.

s-* 19 *-hb

Lorsque ma femme est malade, Il fait mon cent de piquet.

Il m'embrasse au jour de l'an ; Il me fête à la Saint -Jean.

Quel honneur!

Quel bonheur !

Ah! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.

Chez moi qu'un temps effroyable Me retienne après dîner, Il me dit d'un air aimable :

« Allez donc vous promener :

« Mon cher, ne vous gênez pas , « Mon équipage est là -bas. »

Quel honneur!

Quel bonheur!

Ah! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.

Certain soir, à sa campagne Il nous mena par hasard ; Il m'enivra de Champagne , Et Rose fit lit à part :

Mais de la maison, ma foi, Le plus beau lit fut pour moi.

Quel honneur!

Quel bonheur!

Ah ! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.

A l'enfant que Dieu m'envoie, Pour parrain je l'ai donné.

C'est presqu'en pleurant de joie Qu'il baise le nouveau-né; Et mon fils , dès ce moment , Est mis sur son testament.

Quel honneur!

Quel bonheur!

Ah! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.

A table il aime qu'on rie ; Mais parfois j'y suis trop vert.

J'ai poussé la raillerie Jusqu'à lui dire au dessert :

On croit, j'en suis convaincu, Que vous me faites c...

Quel honneur!

Quel bonheur!

Ah! monsieur le sénateur, Je suis votre humble serviteur.

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