‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 67 sur 145 · LE JOUR DE SA FÊTE · texte numérisé non relu

LE JOUR DE SA FÊTE

ANNÉE l8l2.

ÀrR : du Ballet des Pierrots.

Je viens d'Montmartre avec ma bête

Pour fêter ce maître malin ,

Et n' crains point qu'au milieu d" la fête

Un bon mot m' renvoie au moulin.

On dit qu'avec plus d'un génie

Antoin' prend plaisir à cela.

Nous qui n' somm's pas d' l'académie ,

Souhaitons-lui d' ces p'tits plaisirs-là.

Il n' s'en tient pas à des saillies ; Dans plus d'un genre il est heureux.

J' sais mêm' qu'il fait des tragédies, Quand il n'est pas trop paresseux r.

De la Merpomène idolâtre Qu'il fass' mourir par ci , par là.

1 Je crois inutile de rappeler ici les succès dramatiques de l'auteur de Marins, des Vénitiens , etc.

Nous qui n' somm's pas dz héros d' théâtre , Souhaitons-lui d' ces p'tits plaisirs-là.

On m'assur' qu'il vient d' faire un livre Où c' qui a du bon : je 1' crois bien. C docteur-là nous enseigne à vivre Par la bouch' d'un arbre ou d'un chien. A messieurs les Polichinelles x, Il dit : Vous en voulez , en v'ià.

Nous , qui n tenons pas les ficelles , Souhaitons-lui d' ces p'tits plaisirs-là.

A la cour il s' moqu'rait, je 1' gage,

Mêm' de messieurs les chambellans.

De c' pays n'ayant point 1' langage ,

Il vant' la paix aux conquérans.

A d' grands seigneurs qui n' sont pas minces

Sans ramper toujours il parla.

Nous , qu'on n'a pas encor faits princes ,

Souhaitons-lui d' ces p'tits plaisirs-là.

Mais , quoiqu' malin , z'il est bonhomme ; D'mandez à sa fille, à ses fils.

Ah ! qu'il soit toujours aimé comme Il aime ses nombreux amis !

1 Polichinelle est le héros d'une des plus jolies fables du recueil de M. Arnault, recueil apprécié par tous les gens de goût, et dont la réputation ne peut qu'aller eu augmentant.

Que T secret d' son bonheur suprême Reste à c'te gross' maman que v'ià.

Nous qui sommes d' ceux qu'Antoine aime Souhaitons-lui d' ces vrais plaisirs-là.

Nota. On trouvera peut-être que cette chanson, comme beaucoup d'autres des miennes, était peu digne de voir le jour. Eu effet, je ne la livre à l'impression que parce qu'elle m'offre l'occasion de payer un tribut d'éloges à l'un de nos littérateurs les plus distingués. Je regrette qu'elle ne soit pas meilleure , et surtout que le ton qui y règne ne m'ait pas permis d'y faire entrer l'expression de ma reconnaissance particulière pour l'homme excellent dont l'amitié me fut si long-temps utile, et me sera toujours précieuse. (18 16.)

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