‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 83 sur 145 · L'HIVER · texte numérisé non relu

L'HIVER

,ÀiR : Une fille est un oiseau.

Les oiseaux nous ont quittés ;

Déjà l'hiver qui les chasse,

Etend son manteau de glace

Sur nos champs et nos cités.

A mes vitres scintillantes

Il trace des fleurs brillantes ;

Il rend mes portes bruyantes,

Et fait greloter mon chien.

Réveillons, sans plus attendre,

Mon feu qui dort sous la cendre.

Chauffons-nous, chauffons-nous bien. {bis.

O voyageur imprudent!

Retourne vers ta famille.

J'en crois mon feu qui pétille,

Le froid devient plus ardent.

Moi, j'en puis braver l'injure.

Rose, en douillette, en fourrure,

Ici, contre la froidure

Vient m'offrir un doux soutien.

Rose, tes mains sont de glace.

Sur mes genoux prends ta place ;

Chauffons-nous, chauffons-nous bien.

L'ombre s'avance, et la nuit Roule son char sur la neige.

Rose, l'amour nous protège ; C'est pour nous que le jour fuit.

Mais un couple nous arrive :

Joyeux ami , beauté vive , Entrez tous deux sans qui vive :

Le plaisir n'y perdra rien.

Moins de froid que de tendresse, Autour du feu qu'on se presse ; Chauffons-nous, chauffons-nous bien.

Les caresses ont cessé

Devant la lampe indiscrète.

Un festin que Rose apprête,

Gaîment par nous est dressé.

Notre ami s'est fait, à table,

D'un brigand bien redoutable

Et d'un spectre épouvantable

Le fidèle historien.

Tandis que le punch s'allume ,

Beau du feu qui le consume,

Chauffons-nous, chauffons-nous bien.

Sombre hiver, sous tes glaçons, Ensevelis la nature; Ton aquilon qui murmure Ne peut troubler nos chansons.

Notre esprit, qu'amour seconde,

Au coin du feu crée un monde

Qu'un doux ciel toujours féconde,

Où s'aimer tient lieu de bien.

Que nos portes restent closes,

Et, jusqu'au retour des roses,

Chauffons-nous, chauffons-nous bien, (bis.)

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