‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 84 sur 145 · MA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

MA RÉPUBLIQUE

Air : Vaudeville de la Petite gouvernante.

J'ai pris goût à la république Depuis que j'ai vu tant de rois :

Je m'en fais une, et je m'applique A lui donner de bonnes lois.

On n'y commerce que pour boire, On n'y juge qu'avec gaîté; Ma table est tout son territoire ; Sa devise est la liberté.

Amis, prenons tous notre verre:

Le sénat s'assemble aujourd'hui.

D'abord, par un arrêt sévère,

A jamais proscrivons l'ennui.

Quoi ! proscrire ? Ah ! ce mot doit être

Inconnu dans notre cité.

Chez nous l'ennui ne pourra naître :

Le plaisir suit la liberté.

Du luxe dont elle est blessée La joie ici défend l'abus; Point d'entraves à la pensée, Par ordonnance de Bacchus.

A son gré que chacun professe Le culte de sa déité ;

Qu'on puisse aller même à la messe; Ainsi le veut la liberté.

La noblesse est trop abusive :

Ne parlons point de nos aïeux.

Point de titre , même au convive Qui rit le plus, ou boit le mieux.

Et si quelqu'un , d'humeur traîtresse , Aspirait à la royauté, Plongeons ce César dans l'ivresse ; Nous sauverons la liberté.

Trinquons à notre république , Pour voir son destin affermi.

Mais ce peuple si pacifique Déjà redoute un ennemi:

C'est Lisette qui nous rappelle Sous les lois de la volupté.

Elle veut régner, elle est belle ; C'en est fait de la liberté.

b> 242 ^s L'IVROGNE ET SA FEMME.

Air : Quand les bœufs vont deux à deux.

Trinquons , et toc , et tin , tin , tin ! Jean, tu bois depuis le matin.

Ta femme est une vertu

Ce soir tu seras battu.

bis.

Tandis que dans sa mansarde Jeanne veille, et qu'il lui tarde De voir rentrer son mari, Maître Jean à la guinguette , A ses amis en goguette Chante son refrain chéri :

Trinquons, et toc, et tin, tin, tin!

Jean, tu bois depuis le matin.

Ta femme est une vertu :

Ce soir tu seras battu.

Jeanne pour moi seul est tendre, Dit-il, laissons-la m'attendre.

Mais maudissant son époux, Jeanne, la puce à l'oreille, Bat sa chatte que réveille La tendresse des matous.

Trinquons, et toc, et tin, tin, tin!

Jean, tu bois depuis le matin.

Ta femme est une vertu :

Ce soir tu seras battu.

Livrant sa femme au veuvage, Jean se perd dans son breuvage, Et, prête à se mettre au lit, Jeanne, qui verse des larmes, Dit en regardant ses charmes :

C'est son verre qu'il remplit.'

Trinquons , et toc , et tin , tin , tin ! Jeaiij tu bois depuis le matin.

Ta femme est une vertu :

Ce soir tu seras battu.

Pour allumer sa chandelle, Un voisin frappe chez elle; Jeanne ouvre, après un refus.

Que Jean boive, chante ou fume, Je ne sais ce qu'elle allume; Mais je sais qu'on n'y voit plus.

Trinquons, et toc, et tin, tin, tin!

Jean, tu bois depuis le matin.

Ta femme est une vertu ;

Ce soir tu seras battu.

En rajustant sa cornette,

Ah! qu'on souffre, dit Jeannette,

Quand on attend son époux!

Ma vengeance est bien modeste; Avec lui je suis en reste; Il a bu plus de dix coups.

Trinquons , et toc , et tin , tin , tin ! Jean , tu bois depuis le matin.

Ta femme est une vertu :

Ce soir tu seras battu.

A demain ! se dit le couple :

L'époux rentre, et son dos souple N'en subit pas moins l'arrêt.

Il s'écrie : Amour fait rage !

Demain, puisque Jeanne est sage, Répétons au cabaret :

Trinquons, et toc, et tin, tin, tin!

Jean , tu bois depuis le matin.

Ta femme est une vertu : )

. bis.

Le soir tu seras battu.

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