‹ Chansons de P.J. de BérangerChapitre 99 sur 145 · BOUQUETIÈRE ET LE CROQUE-MORT · texte numérisé non relu

BOUQUETIÈRE ET LE CROQUE-MORT

Air : Le cœur à la danse , un rigodon , etc.

Je n' suis qu'un' bouqu'tière et j' n'ai rien,

Mais d' vos soupirs j' me lasse, Monsieur 1' croqu'mort, car il faut bien

Vous dir' vot' nom-z en face.

Quoique j' sois-t-un esprit fort, Non, je n' veux point d'un croqu'-mort.

Encor jeune et jolie, Moi, j' vends rosiers, lis et jasmins,

Et n' me sens point l'envie

De passer par vos mains.

C't amour, qui fait plus d'un hasard,

Vous tire par l'oreille Depuis 1' jour où vot' corbillard

Renversa ma corbeille.

Il m'en coûta plus d'un' fleur :

Vot' métier leur port' malheur.

Encor jeune et jolie, Moi, j' vends rosiers, lis et jasmins,

Et n' me sens point l'envie

De passer par vos mains.

A d' bons vivans j'aime à parler;

Et, monsieur, n' vous déplaise,

Avec vous m' faudrait-z étaler

Mes fleurs chez 1' pèr' la Chaise ; Mon commerce est mieux fêté A la porte d' la Gaîté.

Encor jeune et jolie, Moi, j' vends rosiers, lis et jasmins, Et il' me sens point l'envie De passer par vos mains.

Parc' que vous r'tournez d' grands seigneurs,

Vous vous en faite' accroire; Mais si tant d' gens qu'ont des honneurs

Vous doiv' tous un pour-boire, Y en a plus d'un , sans m' vanter, Qu' j 'avons fait ressusciter.

Encor jeune et jolie, Moi, j' vends rosiers, lis et jasmins,

Et n' me sens point l'envie

De passer par vos mains.

J' frai courte et bonne, et, j'y consens,

En passant venez m' prendre.

Mais qu' ce n' soit point-z-avant dix ans.

Adieu, croqu'-mort si tendre.

P't-êt' bien qu'en s'impatientant , Un' pratique vous attend.

Encor jeune et jolie, Moi, j' vends rosiers, lis et jasmins,

Et n' me sens point l'envie

De passer par vos mains.

^y 291 <-ss LA PETITE FÉE.

Air : C'est le meilleur homme du monde.

Enfans, il était une fois Une fée appelée Urgande, Grande à peine de quatre doigts, Mais de bonté vraiment bien grande.

De sa baguette un ou deux coups Donnaient félicité parfaite.

Ah! bonne fée, enseignez -nous Où vous cachez votre baguette !

Dans une conque de saphir, De huit papillons attelée, Elle passait comme un zéphyr, Et la terre était consolée.

Les raisins mûrissaient plus doux ; Chaque moisson était complète.

Ah! bonne fée, enseignez -nous Où vous cachez votre baguette!

C'était la marraine d'un roi Dont elle créait les ministres;

Braves gens, soumis à la loi,

Qui laissaient voir dans leurs registres.

Du bercail ils chassaient les loups

Sans abuser de la houlette.

Ah! bonne fée, enseignez -nous

Où vous cachez votre baguette!

Les juges, sous ce roi puissant, Etaient l'organe de la fée ; Et par eux jamais l'innocent Ne voyait sa plainte étouffée.

Jamais pour l'erreur à genoux La clémence n'était muette.

Ah! bonne fée, enseignez -nous Où vous cachez votre baguette !

Pour que son filleul fût béni, Elle avait touché sa couronne.

Il voyait tout son peuple uni, Prêt à mourir pour sa personne.

S'il venait des voisins jaloux, On les forçait à la retraite.

Ah! bonne fée, enseignez- nous Où vous cachez votre baguette!

Dans un beau palais de cristal , Hélas! Urgande est retirée.

En Amérique tout va mal ; Au plus fort l'Asie est livrée.

Nous éprouvons un sort plus doux ; Mais pourtant si bien qu'on nous traite , Ah! bonne fée, enseignez- nous Où vous cachez votre baguette!

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