CHANSONS HISTORIQUES ET RELIGIEUSES
No 72. — 184 — 66 : musique. — Cette curieuse chanson fut composée sans doute en 1238, alors que l'armée des croisés, après avoir élu Thibault pour son chef, se préparait à s'embarquer pour la terre sainte. Grégoire IX voulut qu'on allât à Constantinople défendre l'empire d'Orient contre les turcs. Les croisés persistèrent à partir pour Saint-Jean-d'Acre. Le pape s'y opposa par des bulles lancées notamment contre Frédéric II , empereur d'Allemagne. Des croisés , les uns obéirent au saint-Siége, les autres retournèrent chez eux ; d'autres, et Thibault fut du nombre , maintinrent leur plan de campagne. — Cette chanson est une lettre collective adressée à PhiMppe de Nanteuil , à la Dame de l'auteur , enfin à ce Lurent déjà nommé, chanson 21, a — 184 — Et qui entre nos Barons faisons. L. b — Encor aim miex toute voie
Demorer en saint pays- 66, 184.
c — Ou je solas n'auroie. 66, 184. d — Philippe de Nanteuil, « — Conquerre par mesaise avoir, 66.
— 184. — Amor a coru sa proie. L.
g — Dame , de qui beautés fait hoir : 66. — Dame , où
beauté , 184, h — Si me vient bien pour morir. 184.
i — La mors, qui m'assaut sovent , 66. j — ^u'en lui auroit faus mentir. 184.
N' 73. — 66 : musique. — Ce vrai psaume de la pénitence nous montre Thibault bien loin des couplets, qui précèdent.
N° U. — 184. — 66 : musique. — Ces couplets, qu'on peut dater de 1259, sont l'œuvre d'une âme ardente hésitant entre l'amour et la dévotion. L'esprit religieux triomphe , mais il demande au ciel le prix des sacrifices, qu'il lui fait a — Ne ne porront. 66. — Lor joie ressembler. L. b — Ains pense à li là où il va et bée. G6. c — Quant por vos port et mon cuer et ma joie. L. d — Ne puet estre esbahis. 66.
e — Qui est mes cor et m'ame. 184.
N» 75. — 184. — 66 : musique, a — Cil , qui vous sert , est féaus. 66. b — 66. — Pour nous vient Diex entre la gent. L. c — 184 — Vous n'estiez mie à florir. L. d — Par vous est tous ralumés. L.
N° 76. — 184. — 66 : musique.
a — Nous avons si le Diauble troussé. 66. — Torse. 184. b — Avons mais tuit arière débouté. 184. c — Un entre deus. 66. — Nous auroit tost un entredeus
giété. 184.
d — 66. — Par delez lui pour nos ne li prioit. L. e — Ne pitié ne manacé. 66.
f — Et nous n'avons ne sens ne escient. 66. g — Pour nos saisir. 184.
h — El trébuchet verser. 66.
i — Tors et péchiés en eus fine venjance. 66j — 66. — T'en va, chançon. L.
No 77. — Mouchet 8. — 184. — 66. — Cette chanson est certainement l'une des plus curieuses du recueil. D'abord elle lafe Thibault du reproche de cruauté, qu'on lui fait, pour avoir assisté, près d>i mont Yimer en Champagne, an supplice d'un grand nombre d'Albigeois. Après de pareils vers, il es^, évident que s'il fat témoin de cette cruelle exécution, c'est qu'on lui en fit une obligation. N'avait-il pas eu avec eux d'intimes
relations en 1226? — Cette pièce a peut-être cette date. Thibault s'y plaint du Pape, c'est-à-dire des catholiques exaltés, et peut-être du légat du Pape , et du Saint Père lui-même, qui avait fait prêcher la croisade. 11 attaque les prêtres, qui laissent l'église pour les camps, et la parole de paix pour les actes de rigueur. — Cependant, comme Thibault dénonce la jalousie, les perfidies et l'ambition des hauts barons, on peut supposer que cette chanson est postérieure à 1236, et peutêtre contemporaine du fatal auto-da-fé du Moot-Vimer. a — Mouchet 8. — Qui trop estoit. 66. — Qui tant peust. L. b — Ce vers est ironique. — Ne faudrait-il pas : jamais en
Deus nus ne fut récréans, ou mécréans? c — Grans coups rabat fait tomber sus barons. L. — Et grans corpes ramout sur les barons. 66. — Ramaint sor les barons. 184.
d — Quant aucuns veut voloir. Mouchet 8. e — Entendre gent. — En tendre gent en son molt à blâmer.
Mouchet 8.
f — Le sans Merlin. — Mouchet 8. — Les caus Mellin. 66. — Ce passage est une allusion aux guerres civiles qui déchirèrent la France de 1226 à 1236. Elle est d'ailleurs empruntée au roman du Brut. — Vortigern , roi de la grande Bretagne, veut élever un château ; mais les pierres sont à peine posées, qu'elles s'écroulent. Merlin lui apprend qu'il travaille sur un sol miné plein d'eau, sous lequel sont deux dragons, l'un blanc et l'autre rouge. On parvient à épuiser l'eau de l'étang , et les deux dragons se combattent avec fureur. Le roi demande à Merlin ce que cela signifiait. C'est alors que le célèbre devin prononce les prophéties, qui furent depuis citées tant de fois. — ■ Romans de Brut. Le Roux de Lency, t. 1, p. 360. g — Pour délivrer, qu'estoit à avenir. Mouchet, 8. h — Aus maçeus. 66, 184.
i — Li papelart, dontli noms n'est pas nés. 66. j — Mouchet, 8. — Cil sont bien ort et puant et mauvais. L. k — Des pus oiseaus , qui si ont bès mauvais. Mouchet, 8,
No 78. — 184 — 66. — Dans un M. de la bibliothèque de l'Arsenal, n» 121, on trouve un petit poème du même genre que celui-ci ; en voici le titre : — Ci commence la bible Nostre Dame. — Pour cascune lettre de l'Ave Maria une couple de xii vers. — Ces couplets ne sont pas meilleurs, que ceux de Thibault.
a — Premiers fut A, et après devint homs. L.
aa—La lettre R, suivant La Ravallière , indique le mot Roi, •le pense qu'il se trompe. Il s'agit ici du calice. Au xme siècle , la coupe du sacrifice était basse , large au sommet et à la base.
b — Querre savons, que molt sont à prisier. 66 , 18i.
c — Que Diex ne va autre chose quérant. L.
No 79. Mouchet, 8. — 66. — 184 — 1613 : deux vers différents. Fol. 76 et 185. — Voici le galant roi de Navarre tombé dans le mysticisme. a — Pour ce est faus , qui n'a amours ;
En ce fruit a tant de doucours. 7613. b — Fleur de nature l'appelle on — l84. c — Si Dex ne le fait proprement. 7615. d — Cil queult dou fruit premièrement. 66, e — 7613. — Por le fruit fu li premiers plors. L. f — Qui i fist Adam péchier. L.
g — Qui ja en moi ne mourra, 7613. — Ne maindra, 184. h — Qui cueilli ai, s'amours ne vient. 7613. i — Ensi mes cuers foloiant va. 7615. j — Si suis afiné com li ors. L, — Ce vers ne tend-il pas
à prouver que cette chanson fut écrite en Navarre ? k — 6e, 7613. — Lors me porroie saveler. L. 1 — 66. — Qu'onques ce croi ne fist nus. L.
No 80. — 184 — 66, 67 : musique. — 66: vignette. Elle représente Thibault récitant à diverses personnes son chant de départ pour la croisade. — Cette chanson est presque une ode. Le second couplet seul porte atteinte à sa gravité. a — Cil sont cheist en trop foie atendance. 184. b — Et li moriens , li cendreus demourront. L. c — Descendrois tuit en enfer le parfont. 67. d — 66. — Que vos puisse veoir. L.
No 81 . — 7613 : musique. — 66 , musique. — Mouchet , 8. Pasquier cite cette chanson comme un chef-d'œuvre dans une de ses lettres à Ronsard. ( Œuvres complètes, 1723. — T. 2. p. 39.)
a — Et dient mal par lor fol essiant. — Mouchet, 8. b — Au mien quidier qui onques fust choisie. — Id. c — Par sa pitié garni. 761").
d — 7613 — Et k'eskapès li sui sans perdre vie. L.
e — Car j'en ferai encor maint jeu parti. 1615.
f — Et mainte envoisserie. 7613.
g — Mes fine amor : Mouchet, 8. — Ne laisse hom penser. L.
h — Mouchet, 8. — Qu'on ne fait ce qu'on puet tousjours trover.
i — Mouchet ,8. — liuec est bien la folie esprovée. L.
j — 7613. Or me gart Dex et d'amour et d'amer.
Cette chanson termine dignement le recueil que nous publions. Sans doute le dernier couplet peut laisser entendre que Thibault aima une grande Dame, ou du moins qu'il fit pour elle des vers d'amour ; mais aussi l'auteur dit nettement que sa passion était une folie , un rêve de poète , une chimère impossible à réaliser. Sa dame , dit-il , veut que ces hommages aient un terme: 11 obéira. Ses adieux à la jeunesse, aux amours, à leurs douces illusions, sont empreints d'une aimable philosophie. Les lettres et la religion le consoleront ; c'est dans leur sein qu'il va trouver ce repos, dont son âme inquiète avait enfin besoin.
Pièces diverses.