CHANSONS HISTORIQUES ET RELIGIEUSES
No 1%. — 184 — 66 : musique» — Cette curieuse chanson tut composée sans doute en 1218, alors que l'armée des croisés, après avoir élu Thibault pour son chef, se, préparait à s'embarquer pour la terre sainte. Grégoire IX voulut qu'on allât à Constantinople défendre l'empire d'Orient contre les turcs. Les ereisés persistèrent à partir pour SainWean-d'Aore. Le pape s'y opposa par des bulles lancées notamment contre Frédéric il, empereur d'Allemagne. Des croisés» les uns obéirent au aaint-SÎége, les autres retournèrent chez eux ; d'autres, et Thibault foi du nombre , maintinrent leur plan de campagne. — Cette chanson est une lettre collective adressée à Philippe de Nanteoil, à la Dame de l'auteur, enfin à ce Lofent déjà nommé, chanson 21.
a — 184 — Et qui entre nos Barons misons. L.
b — Enoor aim miex tonte voie
Demorer en saint pays- 66, 184.
c — Ou je solas n'auroie. 66 , 184.
d — Philippe de Nanteuil.
e — - Conquerra par mesaise avoir , 66.
— 184. — Amor a coru sa proie. L.
g — Dame , de qui beautés mit hoir : 6$. — Dame f où beauté, 184.
h — Si me vient bien pour morir. 184.
i — La mors, qui m'assaut savent , 66.
j — . Qu'en lui aoroit faus mentir. 184.
N # 73. — 66 : musique. — Ce vrai psaume de la pénitence nous montre Thibault bien loin .des couplets, qoi précèdent.
N° *M« — 184. — 66 : musique. — Ces couplets, qu'on peut dater de 1259, sont l'œuvre d'une âme ardente hésitant entre l'amour et la dévotion. L'esprit religieux triomphe * mais il demande au ciel le prix des sacrifices, qu'il lui fait. a — *Ne ne porront. 6C. — Lor joie ressembler. L. b — Ains pense à li là où il va et bée. 66.
c — Quant por vos pcrt et mon cuer et ma joie. L. d — Ne puet estre esbahis. 66.
e — Qui est mes cor et m'a me. 184.
N # 75. — 184. — 66 : musique, a — Cil , qui vons sert , est féaus. 66.
b — 66. — Pour nous vient Diex entre la gent. L. c — 184 — Vous n'estiez mie à florir. L. l d — Par vous est tous ralumés. L.
N° 76. — 184. — £6 : musique.
a — Nous avons si le Dtaoblo troussé. 66. — Torse. 184.
b — Avons mais tutt arière débouté. 184.
c — Un entre deus. 66. — Nous auroit tost un entredeu* giété. 184.
d — 66. — Par delez lui pour nos ne H prioit. L.
e — Ne pitié ne manacé. 66.
f — fit nous n'avons ne sens ne escient. 66.
g — Pour nos saisir. 184.
h — El trébuchet verser. 66.
i — Tors et péchiés en eus fine venjanoe. 66.
j — 66. — T'en va, chançon. L.
No 77. — Mouchet 8. — 184. — 66. — Cette chanson est certainement l'une des plus curieuses du recueil. D'abord elle lave Thibault du reproche de cruauté, qu'on lui fait, pour avoir assisté, près du mont Vimer en Champagne, au supplice d'un grand nombre d'Albigeois. Après de pareils vers, il est évident que s'il fat témoin de cette cruelle exécution, c'est qu'on lui en fit une obligation. N'avait-il pas eu avec eux d'intimes
relations en 1226? — Cette pièce a peuUÔtre cette date. Thibault s'y plaint du Pape, c'est-à-dire des catholiques «xaltés, et peut-être du légat du Pape , et du Saint Père lui-même, qui avait fait prêcher la croisade. 11 attaque les prêtres, qui laissent l'église pour les camps, et la parole de paix pour les actes de rigueur. — Cependant, comme Thibault dénonce la jalousie, les perfidies et l'ambition des hauts barons, on peut supposer que cette chanson est postérieure à 1236, et peut- -être contemporaine du fatal auto-da-fé du Mont-Vimer. a — Mouchet 8. — Qui trop estoit. 66. — Qui tant peust. L. b — Ce vers est ironique. — Ne faudrait-il pas : jamais en Deus nus ne fut récréa ns, ou mécréans?
c — Grans coups rabat fait tomber sus barons. L. — Et grans corpes ramout sur les barons. 66. — Ramaint sor les barons. 184.
d — Quant aucuns veut voloir. Mouchet 8.
e — Entendre gent. — En 'tendre genten son molt à blâmer. Mouchet 8.
f — Le sans Merlin.* — Mouchet 8. — Les caus Mellin. 66. — Ce passage est une allusion aux guerres civiles qui déchirèrent la France de 1226 è 1236. Elle est d'ailleurs empruntée au roman du Brut. — Yortigern , roi de la grande Bretagne, veut élever un château ; mais les pierres sont à peine posées, qu'elles s'écroulent. Merlin lui apprend qu'il travaille sur un sol miné plein d'eau, sous lequel sont deux dragons, l'un blanc et l'autre rouge. On parvient a épuiser l'eau de l'étang, et les deux dragons se combattent avec fureur. Le roi demande è Merlin ce que cela signifiait. C'est alors que le célèbre devin prononce les prophéties, qui Jurent depuis citées tant de fois.— Romans de Brut. Le Roux de Lency, t. 1, p. 560.
g — Pour délivrer, qu'estoit à avenir. Moichet, 8.
h — Aus maçeus. 66, 184.
i — Li papelart, dont H noms n'est pas nés. 66.
j — Mouchet, 8. — Cil sont bien ort et puant et mauvais. L.
k — Des pus oiseaus , qui si ont bès mauvais. Mouchet, 8.
No 78. — 184 — 66. — Dans un M. de la bibliothèque de l'Arsenal, n° 121, on trouve un petit poèmo du même genre que celui-ci ; en voici le titre : — Ci commence la bible Nostre Dame. — Pour cascune lettre de l'Ave Maria une couple de xn vers. — Ces couplets ne sont pas meilleurs, que «eux de Thibault.
a — Premiers fut A, et après devint homs. L.
aa — La lettre R , suivant La Ravallière , indique le mot Roi. . Je pense quil se trompe. Il s'agit ici du calice. Au
xiii« siècle , la coupe du sacrifice était basse , large au
sommet et à la base.
b — Querre savons, que molt sont à prisier. 66, 184. c — Que Diex ne va autre chose quérant. L.
No 79. Mouchet, 8. — 66. — 184 — 1613 : deux vers différents. Fol. 76 et 183. — Voici le galant roi de Navarre tombé dans le mysticisme, a — Pour ce est faus , qui n'a amours ;
En ce fruit a tant de doucours. 7613.
b — Cour de nature rappelle on — 184.
e — Si Dex ne le fait proprement. 7613.
d — Cil queult dou fruit premièrement. 66.
e — 7613. — Por le fruit fu H premiers plors. L. f — Qui i fist Adam péchier. L.
g — Qui ja en moi ne mourra, 7613. — Ne maiadra, 184. h — Qui cueilli ai, s'amours ne vient. 7613.
i — Ensi mes cuers foloiant va. 7613.
j — Si suis afiné com H ors. L. — Ce vers ne tend-il pas
a prouver que cette chanson fut écrite en Navarre ? k — 6fi, 7613. — Lors me porroie saveler. L.
1 — 66. — Qu*onques ce croi ne fist nus. L.
No 80. — 184 — 66, €7 : musique. — 66 : vignette. Elle représente Thibault récitant à diverses personnes son chant de départ pour la croisade. — Cette chanson est presque une ode. Le second couplet seul porte atteinte à sa gravité, a — Cil sont cheist en trop foie atendance. 184. b — Et li moriens , li cendreus demourront. L. c — Descendrais tuit en enfer le parfont. 67. d — 66. — Que vos puisse veoir. L.
No 81 . — 7613 : musique. — 66 , musique. — Mouchet , 8. Pasquier cite cette chanson comme un chef-d'œuvre dans une de ses lettres à Ronsard. ( Œuvres complètes, 1725. — T. 1, p. 59.)
a — Et dient mal par lor fol essiant. — Mouchet, 8. b — » Au mien quidier qui onques fust choisie. — Id. c — Par sa pitié garni. 761 ">.
d — 7615 — Et k'eskapès li sui sans perdre vie. L.
c — Or j'en ferai encor maint jeu parti. 7615.
f — Et mainte envoisserie. 7613.
g — Mes fine amor: Ifouchet, 8. — Ne laisse nom penser. L.
h — Mouchet, 8. — Qu'on ne nit ce qu'on puet toujours trover.
i — Mouchet , 8. — Iluec est bien la folie esprovée. L.
j — 761 S. Or me gart Dex et d'amour et d'amer.
Cette chanson termine dignement le recueil que nous publions. Sans doute le dernier couplet peut laisser entendre que Thibault aima nne grande Dame, ou du moins qu'il fit pour elle des vers d'amour : mais aussi l'auteur dit nettement que sa passion était une folie , un rêve de poète , une chimère impossible à réaliser. Sa dame , dit-il , veut que ces hommages aient un terme: Il obéira. Ses adieux à la jeunesse, aux amours, à leurs douces illusions, sont empreints d'une aimable philosophie. Les lettres et la religion le consoleront; c'est dans leur sein qu'il va trouver ee repos, dont son âme inquiète avait enfin besoin.
Pièces diverse*.
SIÈGE D'AVIGNON. (IMC).
Mais li siro des Gampegnois N'i esploita vallant .11. nois ; Car en la vile et l'aparent Manoit auques si parent.
N'onques el castiel d'Avignon Cavalier, sergant ne vignon N'i dorent pour lai porte et bare Quar fille est au Roi de Navarre Sa mère : s'en devoit oirs estre :
Si volt garder aus et lor iestre.
Et molt souvent à aus parloit Et disoient leur ce qu'il voloit; S'en estaient plus fiers assez.
Quar moût i ot amassés Qu'oumes que femmes en la vile f Qui dit-on bien .1. mile Tôt sans biestes et sans enfans.
A aus parloit le Quens tos tans.
Et moult souvent el Roi disait Qu'ai siège n'avait point d'esploit.
Tant que le Roi , qui ne l'crei, Le blastenga et mescréi.
Et li Quens s'en est coureciés :
Par devant le Roi s'est drecîés.
Si a pris conseil par courous.
Et le Rois li dist, oiant tous, Que s'il laissoit ensi sa guerre Jamais rien ne clamast è terre, Qu'il tenoist de lui a nul jour. Puis i fu .ni. jours à séjour Le Quens Thiébault, et puis en fist A mie nuis, si corne on dist, Son harnas mener coiement; Et puis s'en ala voirement Comme m a r céans fors de l'ost
.il. lieues ains jour moult tost.
Et lendemain si s'en aloienl Si cavalier, qui dolent èrent.
Mais li ribaut cVli boucier, Vallet, garçon, et cavalier Les ont de tost aler semons A çavattes et à poumons.
Et les clamèrent fos et faus.
Si fu vérités par consaus. — Fu le Quens d'errer si destroi»
Qu'une journée fist de .m.
Chron. de Ph. Mouskes, t. 2, p. 515.