‹ Chansons du 15e siècle, publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de ParisChapitre 22 sur 100 · LIX · texte numérisé non relu

LIX

^^ En regardant vo gracieulx maintien Et voz doulx yeulx qui tant me font de joye, Amours m'ont mys en l'amoureuse voye : 4 Mais c'est si fort que mon cueur n'est plus myen.

a Car quant je pense la vertu et le bien Qui est en vous^ en quelque lieu que soye Mon cueur et moy du tout je vous octroyé : 8 II est a vous, certes je n'y ay rien. »

a Mon bel amy, du tout je le retien Comme celle qui suys, ou que je soye, Vostre a jamès; car myeulx je ne pourroye 12 Avoir choisy : cela congnoys je bien. »

L'autrier par ung asserant' M'en alloys esballoyent L'orée d'une vallée.

» Ce vers signifie, si je ne me trompe, qu'il avait si grande hâte que, si on lui avait offert cent écus d'or, il ne les aurait pas pris à cause du temps qu'il aurait dû perdre à déployer une bourse pour les y mettre.

LIX. — * Cette chanson fait aussi partie du recueil de Bayeux.

LX. — * Asserant, la soirée; proprement le commencement de la soirée ; part. prés, du verbe asserir, faire soir.

— bo —

La ou j'entendy le chant De la belle au cueur plaisant 6 A qui j'ay m'amour donnée.

Quand je vy la fleur jolie Qui menoit jouyeuse vie, Mon cueur fut tout resjouy; Je luy dis par courtoisie :

a BeUe, serés vous m'amye 1 2 Et je seray vostre amy ? »

« Sire, voulés maintenant Que je face mon amant De vous? certes n'oseroye :

Le danger y est sy grant Que par ma foy je me vant ^ i8 Que diffamée j'en seroye. »

« Tresdoulce fleur de noblesse, Oustés mon cueur de destresse Ou il est par chascun jour, Ou jamès n'auré liesse Si vostre cueur ne s'adresse 24 A m'aymer par bonne amour. »

« Mon tresdoulx loyal amant, Si m'amour desirez tant, Certes je la vous octroyé :

Tout le temps de mon vivant Pourrez dire, je m'en vant :

3o Vrayment ceste cy est moye ^ »

* Vantf forme archaïque, déjà remplacée habituellement au quinzième siècle par les formes modernes; cf. xxxiv, 3; lxv, 17. ^ Moye, et de même toye, soye. Voy. xix, 12.

^^ Je vous vueil dire ma pensée Et vous compter du tout mon cas; Et Dieu ! que deviendray, helas î 4 Sy mon parler ne vous agrée?

c( Plaisante fleur que tant désire, Pour vous je seuffre tel martire Que je ne dors ne jour ne soir. »

« Je vous supply et pry^ beau sire, Qu'il vous plaise donc a moy dire 10 Une part de vostre vouloir. »

« La douleur que j'ay endurée, Je la vous diray, mais tout bas; Pour Dieu, ne m'escondisez pas, 14 Ou jamès mon cueur n'aura joye. »

a Doulx amy^ je ne te croys mye Que tu ays de moy telle envye Comme tu diz certainement. »

« Ma doulce seur, je vous affie Que oncques femme qui eust vie 20 Je n'aymé si perfectement. »

« Puisque tu m'as ainsy aimée, Fay de moy cen que tu vouldras; Mais je te pry, quant tu vendras, 24 Vien de nuyt, que nul ne te voye. »

<^ Belle, vostre cueur et le mien Sont d'ung accort et d'ung vouloir J'ay ce que je vouloye avoir; 4 Certes il ne me fault plus rien.

« Vous m'avez fait ung grant honneur : Je m'en doy bien tenir contant ; Car vous m'avez fait le seigneur 8 De se que je desiroye tant.

« Dame, sy bien toust ne revien,, Il vous plaira me pardonner :

C'est tout pour vostre honneur garder : 1 2 Car qui n'a honneur il n'a rien. »

a Mon amy, ce qu'il vous plaira Me commander je le feré :

Mon povre cueur vous obéira* 1 6 Qui qu'en parle^ bon gré mal gré.

« Et de cela ne doubtez rien; Mais gardez vous de trop parler :

Noz amours en pourront durer 20 Plus longtemps, vous le savez bien. »

LXIIP

Ce moys de may par ung doulx asserant J'ouy chanter une jeune pucelle; Par une sente je luy vins au devant 4 En luy disant : « Dieu vous gard^ damoiselle !

a Damoiselle^ le dieu d'amours vous gard Et vous doint ce que vostre cueur désire ! » « Sy face il vous^! dites moi quelle part 8 VouUés aller, je vous en prie, beau sire. »

LXII. — ^Obéira, en trois syllabes; cette contraction se rencontre assez souvent à l'époque de nos chansons.

LXIII. — * Cette chanson, qui nous paraît fort médiocre, a eu un grand succès. On la retrouve dans le ms. de Bayeux, dans le ms. 1 597 et dans le recueil d'Alain Lotrian.

* Sy f^^^ '' V0W5, c'est-à-dire : « Qu'il [le dieu d'amourj vous garde aussi ! »

« Je viens a vous comme loyal amant Pour vous compter ma raison et querelle : C'est vostre amour dont je suis désirant; 1*2 One mes femme ne me sembla sy belle. »

a Mon bel amy, pourvoyés vous ailleurs • De vous amer je n'ay jamès espoir. » « Las ! si ferezj doulce royne des fleurs, 1 6 Ou aultrement je suis au desespoir. »

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