LVI
Hcllas ! Olivier Bachelin % Orron nous plus de voz nouvelles ?
3 Vous ont les Anglois mis a fin ?
Vous souillés gaiment chanter Et démener jouyeuse vie, Et la blanche livrée porter ' 7 Par le pais de Normandie.
Jusqu'à saint Gille '* en Coutantin, En une compaignie tresbelle^ 10 Oncques ne vy tel pellerin.
Les Anglois ont fait desraison Aux compaignons du val de Vire :
Vous n'orez plus dire chançon 14 A ceulx qui les souloyent bien dire.
Nous prirons Dieu de bon cueur fin Et la doulce vierge Marie 17 Qu'il doynt aux Anglois maie fin.
LVI. — ♦. Cette célèbre chanson, qu'on n'a citée jusqu'à présent que d'après le ms. de Bayeux, avait été imprimée dès 1543 dans le recueil d'Alain Lotrian.
2 L'accord de notre manuscrit et de l'édition ancienne semble attester que le vrai nom du foulon de Vire était Bachelin, et non Basselin (comme porte le ms. de Bayeux), ce qui est d'ailleurs plus conforme à la phonétique normande. Crétin, dans le passage souvent cité où il rapporte notre vers, écrit aussi Bachelin.
^ Cf XLII, 9.
* Saint-Gilles, village à sept kilomètres de Saint-Lô (comm. de La Meauffe), qui était le but d'un célèbre pèlerinage.
Et j'ay eu des lettres vraymenl Que mon amy m'envoye; Hellas! je les garderay tant !
4 J'en ay eu si grant joye 1
Car sur ma foy je l'ayme tant Que pour chose que j'aie James n'auré le cueur contant 8 Tant qu'avecques luy soye.
Tout aultre plaisir n'est que vent.
Quelque chose qu'on veoye, Que d'estre o son amy souvent.
1 2 Est il point de tel joie ^ ?
LVIIP
Je fuz l'aultrier o la belle sourprins Du faulx jalloux dont point ne me guectoye. Hellas ! pourquoy ne prenoys je la voye 4 De m'en aller a travers ces jardrins?
Le faulx jaloux avoit des gens commys Pour espier s'en sa maison iroye :
Certes j'y vins tout ainsy que souloye; 8 Incontinant je fuz saisy et pris.
Il apella trestouz ses bons amys Tant qu'ilz ont faict une grande assemblée ^ Ils ont sur moi faict une grant huée i 2 Comment on faict au loup quand il est pris.
LVII. — * Point est pris ici dans un sens affirmatif : « Y a-t-ii (ailleurs) un point d'une joie pareille? »