‹ Chansons du 15e siècle, publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de ParisChapitre 24 sur 100 · LXV · texte numérisé non relu

LXV

^^ Fleur de gaieté^ allégez le martire Dont mon cueur a la peine et la doulour ;

LXIV. — * Ces deux strophes, marquées au coin de la vraie poésie populaire, se retrouvent dans le ms. de Baycux. ' Adjourner^ faire jour.

LXV. — * Chanson commune à notre ms., à ceux de Bayeux et de Vire et au recueil Lotrian.

Il vous plaira ce que mon cueur désire 4 M'y soit donné : belle, c'est vostre amour.

« Sans vostre amour je ne puis nullement Estre jouyeulx ne avoir le cuer gay; Sy vous supply et requiers humblement 8 Qu'il vous plaise prendre mercy de moy.

« Ou aultrement certes je puis bien dire Que en ma vie n'y a point de retour. Hellas! amours, m'y lairras tu occire? 1 2 Je t'ay servy loyaulment chascun jour. »

« Mon bel amy plaisant et gracieulx^ Ne pensez plus fors que d'estre celé, Car vous aurez maulgré les envieulx 1 6 Le cueur de moy : je le vous ay donné.

« Je vous promect et vous asseur, beau sire, Qu'autre que vous n'en sera le seignour; Maulgré jaleux et mesdisans plains d'ire 20 Vous serviray loyaulment chascun jour. »

raulx medisans plains d'envye, Vous avez parlé de moy Sans savoir raison pourquoy \ 4 Dont suis en melencolie.

Bien pert que c'est jalousie Dont vous me haiez^ pour vray; Et sy ne dictes pas vray :

8 Vous mantez , Dieu vous mauldie I

LXVI. — * Sans savoir aucune raison pour laquelle vous dussiez le faire.

' Haie^, voy. xlviii, i8.

— es —

Je ne pers pour voz langaiges Jour a faire mon désir, Car ceulx la ne sont pas saiges [2 Qui en perdent leur plaisir.

Il n'est si jouyeuse vie Que loyaulment amer bien ; Nul aultre plaisir n'est rien i6 Que de veoir souvent s'amye.

LXVIP

Il est venu, le petit oysillon, Ce moys de may certenement Chanter auprès de ma maison :

4 Le cueur de moy s'en esjouist souvent.

C'a fait le doulx rousignolet Qui est venu du vert boucaige, Et en son jolis chant louoit 8 "Vrais amoureulx en son langaige.

a Est il ainsy, mon bel amy,

Que me dictes vostre pencée ? n

« Ma doulce seur, il est ainsy :

1 2 Confortez moy sy vous agrée. »

« Mon bon amy, par bonne intencion Mon cueur vous donne entièrement.

Pour bien vous amer loyaulment,'; i6 Gardez le bien : vous l'avez en prison. »

LXVII. — * Cette chanson est encore dans le ms. de Bayeux et dans le recueil Lotrian. Elle n'offre pas un sens bien clair ni surtout bien suivi.

LXVIIP

En la duché de Normandie Il y a sy grant pillerie Que Ton n'y peult avoir foison ^.

Dieu vueille qu'el soit amandrie', Ou il fauldra que l'on s'en fuye 6 Et laisser chascun sa maison.

Quant a moy je n'y serai plus, Car on n'y a point d'aisément * Pour la doubte des court vestuz^ 10 Qui nous viennent veoir trop souvent.

Ils viennent par grant ruderie Demander ce que n'avons mie En nous donnant maint horion ; Encor fault il que Ton leur die :

« Mes bons seigneurs, je vous mercie : i6 Prenez tout ce que nous avon. »

Je leur donnasse volluntiers, Par ma foy, se j'eusse de quoy; Mais, par mon ame, mes deniers 20 Et tout mon bien est hors de moy.

LXVIII. — * Cette chanson a été attribuée au temps où les Anglais furent chassés de Normandie; mais elle peut s'appliquer à n'importe quelle époque où le pays était infesté parles gens de guerre, ce qui ne fut pas rare au quinzième siècle. Elle est déjà connue par les mss. de Bayeux et de Vire,

^ Avoir foison, locution assez peu claire; je ne crois pas que la traduction littérale : avoir abondance, fût exacte. J'y verrais plutôt une expression analogue à venir à bout, chevir.

* Amandrie, amoindrie.

* Car on ne peut plus y vivre à son aise.

5 On peut voir dans les Chansons normandes de M. Gasté (p. 4) les conjectures auxquelles a donné lieu le mot de court vestu!(; je crois qu'il désigne les soldats en général : voy. v. 17.

Je ne puis faire courtoisie, Car povreté me contrarie Et me tient en subjcction; Je n'ay plus amy ne amye En France ne en Normandye 26 Qui me donnast ung porion ^

Dieu vueille mectre bonne paix Par toute la crestienté, Maiz que ce soit a tout jamais !

3o Si vivrons tous en loyaulté.

Sy crestienté feust unie, Nous menasson jouyeuse vie Et meissions tristesse en prison. s Ceulx par qui c'est^ Dieu les mauldye Et aussi la vierge Marie 36 Sans avoir jamais guerison !

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