‹ Chansons du 15e siècle, publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de ParisChapitre 38 sur 100 · XCIX. — ' Gris, espèce de fourrure; de \di petit-gris · texte numérisé non relu

XCIX. — ' Gris, espèce de fourrure; de \di petit-gris

J'ouy chanter l'alouecte 10 Et le rousigncl jolis,,

Qui disoit en son langaige :

1 2 « Veez cy mes amours venir,

(( En ung beau basteau sur Seine 14 Qui est couvert de sappin ;

« Les cordons en sont de saye, 16 La voille en est de satin;

« Le grant mast en est d'iviere^ 18 L'estournay^ en est d'or fin;

« Les mariniers qui le meynent 20 Ne sont pas de ce pais :

« L'ung est filz du roy de France^ 22 II porte la fleur de lis ;

« L'aultre est filz

24 Cestuy la est mon amy. »

Que dirons nous de ceulx de Sainct Orner, Qui ont esté mieulx pris qu'au trebuchet^ ?

- Estournaj-, gouvernail.

C. — ^ Cette chanson est relative à la prise de Saint-Omer par le maréchal d'Esquerdes (appelé aussi des Cordes), sur lequel on peut voir le P. Anselme. Elle offre toutefois une difficulté : le maréchal prit la ville par surprise en 1487, mais il ne paraît pas avoir assisté lui-même à l'assaut. Les Impériaux l'ayant reprise, il y rentra en 1489, mais il ne put que pénétrer dans le château, et encore dut-ill'évacuer aussitôt : c'est à cette deuxième affaire que Monstrelct le représente franchissant le premier, une hache à la main, le seuil de la forteresse. Cependant notre chanson doit se rapporter au premier fait d'armes, et alors elle contiendrait sur cet événement un détail inexactement rapporté par les chroniqueurs. Voy. Derheims,//'/5/o/re de Sai?ît-Omer (1843), p. 298, 3o5.

' Ce vers indique bien la surprise, en effet fort imprévue, par laquelle Saint-Omer fut enlevée en 1487.

Ne doibt on pas et priser et aymer Monsieur des Cordes qui ce bien nous a fait ? Il sert le roy et de cueur et de fayt, De corps, de biens^ de sens et de couraige : 7 Par luy sont mis les Flammans en scrvaige.

11 ne dit mot ne fait semblant de riens, Mais il fait plus que ne font ces gorriers' : Car par son sens et luy et tous les siens Hz sont entrez en despitdes fourriers; Armé en blanc estoit tous des premiers : L'espée au poing monta sur la muraille.

14 Tel homme doit estre chef de bataille.

Puisque de vous me fault partir, Ma doulce amye que j'ayme tant, Faictes moy a ce coup * plaisir :

4 Je vous en prie treshumblement;

« Ung coup sans plus en actendant, Mais que ce soit vostre plaisir ; Et puis après du demourant 8 Nous en fairon tout a loisir.

« Dame, veillez moi obeir^ Ou je mourray soudainement :

Aussy bien nous fault tous mourir,

1 2 Nous ne savons quant ne comment.

« Long temps a qu'avons esté tant Nous deux ensemble sans partir :

3 Gorricrs. Nous retrouverons ce mot, avec urtc explication pittoresque, dans la chanson cxxiv.

CI. — * A ce coup, à cette fois; de même au v. 5 ung coup, une fois.

Seroit il donc bon maintenant i6 De s'en aller sans coup ferir ?

« Du temps- que j'estoye jeune enffant, Tousjours vous ay voulu servir.

Et suys vostre loyal servant, 20 Et seray jusques au mourir.

« Hellas ! vueillez moy secourir A moy qui suis vostre servant ; Ayez pitié de vostre amy 24 Qui pour vous meurt en languissant. 7>

« Je n'ay plaisir ne desplaisir Touchant vostre despartement, Et quant vous plaira revenir^ 28 Autant après comme devant. »

GII

Pleust a Dieu qu'il fust dit Par la cour souveraine Que sans nul contredit Tous ceulx qui bien s'entresment Ensemble fussent mis.

Et jaloux bien marriz !

Mais possible n'est pas 8 D'avoir tant de soullas.

Encore s'il feust vray Qu'après mort l'on s'asemble, Je vous jure ma foy Que nous serions ensemble, Et la raconterions Les maulx que eu avons, Et le grand desconfort 1 6 Que l'on m'a tait a tort.

Du temps, depuis le temps.

Je suis vray amoureux, Je le vous certiffie, Et vous jure ma foy Que c'est de vous, m'amyc; Car quant vous acoincté M'amour vous ay donne, Et pour tout reconfort 24 Vous me donnez la mort.

Et vous avez grant tort.

Ou le dyable m'emporte!

Je vous aymoye si fort Et de sy bonne sorte Qu'oncques en mon vivant Je n'aymé famme tant :

C'estoit tout mon plaisir.

32 De vous vouloir servir.

Je ne me puis tenir D'aymer qui point ne m'ayme ; De vivre en cest ennuy Ce m'est trop griefve paine; Mon Dieu, fay moy ce bien Que je n'ayme plus rien, Car s'il estoit ainsv 40 Je vivrois sans soucy.

Je ne vous mefrts onc.

Ou que Dieu me confonde !

Pourquoy me laissez donc Le plus triste du monde?

Dictes moy donc cela, Comment il vous en va :

Si peu vous en challoit 48 Mon mal se passeroit.

Esse point ung grant mal?

Sy est, par nostre Dame,

Que je suis en travail Et si piteuse gamme.

Joye jamès n'auray Au cueur tant que vivray :

Pour loyaulment servir 56 Me conviendra mourir.

C'est bien pour enraiger Et pour perdre la vie Quant il s'en fault aller Et ne veoir plus s'amye; Quant de ce me souvient De moy ce n'est plus riensj Car, par mon créateur, 64 Je suis son serviteur.

Voire maulgré trestous, Qui que en parle ou grongne, Et feussei ge a Tours, Voire par delà Romme, Jamais je n'oubliray Sa tresgrande beaulté :

Car jamais ne vy rien 72 En elle que tout bien.

Jamais n'eusse pencé Que ce fust si grant peine Pour avoir bien aymé, En estre en tel trudeine * j Mais qui bien aymera Certes tard oblira^; Car, par mon créateur, 80 Je suis son serviteur.

Ung homme ne saroit Plus grant honneur acqucrrc

Cil. — ' Trudeine, trouble, agitation.

- Qui bien aime tard oublie, proverbe très-souvent cité au moyen âge et que nous avons déjà vu, nu, 3.

— roi —

Que se pandre au gibbct Quant il n'a peu conquerre A estre recueilly D'une qui est sans sy ■^; Et ! m'amye la mort, 88 'Vous me faictes grant tort.

Sy vous avoye méfiait A vous, ma doulce amye.

D'une espée en effect Je m'ousteroye la vie; Mais jamès ne pensé 'Vous avoir offencé, Car c'estoit mon plaisir 96 D'en tout vous bien servir.

M 'amye, vous savez Que toute ma pensée C'est de vous plus avmer Que créature née; Car pour vous enduré Ay des maulx un millier Mais tout cela n'est rien 104 Quant de vous me souvient.

La nuyt ne puis dormir, Tant suis en grant malaise, Et ne fais que languyr Pensant en ma maistresse.

Hellas! elle m'a mys Au point la ou je suys.

Et pour son grant plaisir 1 12 Me veult fayre mourir.

' Sans sy, vov. xx, 12.

cm

Qiii belles amours a souvent sy les remuée L'autrier quant chevauchoye a Paris la grant rue Sur mon cheval moreau^ qui souvent saultet rue... 4 Qui belles amours a souvent sy les remue.

Les quatre fers qu'il a font la pouldre menue; La dame duchasteau est aux créneaux venue. (( Qui est ce garson ^ la qui point ne me salue ? » 8 Qui belles amours a souvent sy les remue.

« Tel garson que je suis, ailleurs vous ay tenue, Et dessus vostre lit ay laissé ma saincture Et a vostre chevet mon espée esmoulue. » 12 Qui belles amours a souvent sy les remue.

Ladinderindine ladinderindene ladinderindin.

M'y levay par ung matin Plus matin que ne souloye; M'en entray en no jardin Pour cuillir la girouflade.

6 Ladinderindine ladinderindene ladinderindin.

Rencontray le rousignou Qui estoit dessoubz Tombrade.

9 Ladinderindine ladinderindene ladinderindin.

GUI. — * Le commencement de cette jolie chanson se retrouve dans le ms. fr. i5gj. — Les remue, les change. 2 Moreau, noir.

^ Garson, terme de mépris au moyen âge.

CIV. — * Je reproduis cette chanson telle quelle, avec son mélange de formes françaises et provençales.

RousignoUj beau rousignou, Va moy faire ung messaige.

12 Ladinderindine ladinderindene ladinderindin.

Au plus gentil compaignon Qui soit en toute l'armade.

i5 Ladinderindine ladinderindene ladinderindin.

Porte pourpoint de veloux Et la chausse d'escarlate.

ï8 Ladinderindine ladinderindene ladinderindin.

Ne renvoyez plus, mon amy, A moy parler : venez y vous, 3 Car messagiers sont dangeroux.

Vostre homme fut asoir* ycy, N'y renvoyez plus, mon amy :

Oncques ne me parla de vous, 7 Mais tousjours m'y pria d'amours.

Il est sy beau et sy joly, N'y renvoiez plus, mon amy , Il est vestu de cramoisy, 1 1 Et satin broché par dessoubz ;

Si le renvoyez plus vers my, N'y renvoyez plus, mon amy.

Je prendray luy et lerré vous :

1 5 Car tousjours m'y prie d'amours.

Si vous estiez malade au lit, N'y renvoyez plus, mon amy,

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