‹ Chansons du 15e siècle, publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de ParisChapitre 37 sur 100 · XCVI. — * Chanson en patois savoisien · texte numérisé non relu

XCVI. — * Chanson en patois savoisien

2 Ensafrenat, teint en safran. Voy. Littré au mot ensafraner.

3 La merende; voy. xii, 8 : c'est ce rapprochement qui m'empêche d'écrire la merendé.

— gj —

Elle s'assist sur ung toppin^^ Et le toppin s'est esclasa ^ :

A la reverse s'en alla.

8 La merende! jel'amabin.

Elle m'a conviât a dign^ D'igne pesse de beo sala"^ En ung topin mal escura :

2 2 La merende ! n'en vouUois gyn\

Crainte et désir m'éveillent tant que ne puys dormir. L'autre hyer a l'aventure j'acointay ung amy ^ : Je m'en suys mal trouvée : il le me fault bannyr^ Et en avoir ung aultre pour passer mon ennuy. Je suys en grant pencée ou le pourray choisir^ 6 Car il est bien peu d'hommes en qui prinse plaisir.

XCVIIP

" Quant je seray lassus en mes chasteaulx, Et vous serez ung penseur de chevaulx-,

* Toppin. pot : tupin dans le français du seizième siècle. 5 S'est esclasa : s'est brisé, s'est fendu.

® Je rétablis ce mot, que je regarde comme le substantif verbal de digna, dîner.

■^ • D'une pièce de bœuf salé. »

* • Je n'en voulais pas. » Gyn est l'anc. fr. giens, prov. ges. sur lesquels voy. Mém. de la Soc. de Linguistique de Paris, t. I, p. i68.

XCVn. — * J'acointay, je fis connaissance de. Ce verbe conserve le sens primitif de cointe; voy. la note sur xlviii, i.

XCVin. — * Cette chanson grossière, mais non populaire, tranche avec le ton des autres.

* Penseur, panseur. Penser et panser, comme on peut le voir dans Littré, sont originairement un seul et même mot.

Et je seray une dame honorée, 4 Pour Dieu ne dictes pas que vous m'aiez amée. »

« Quant je seray sur mon cheval monté Et je seray bien armé et bardé, Et vous serez une vieille riddée, 8 Pour Dieu ne dictes pas que je vous aye amée. »

« Fi ! c'est erreur d'aymer telz gaulureaux' Que gens de court et aultres affectreaux*; C'est trop mespris ° d'y mectre sa pensée : 2 Pour Dieu ne dictes pas que vous m'aiez amée. »

a Je vous confesse que vous avez raison. Car vous aymer c'est trop grant desraison, Pour ce qu'estes une ordeuse^ affectée. i6 Pour Dieu ne dictes pas que je vous aye amée. »

« Je m'en teray et pour mon grant honneur, Car vostre amour me seroit deshonneur A moy qui suis une dame estimée.

20 Pour Dieu ne dictes pas que vous m'aiez amée. »

« Vous estes laide et horrible a tous yeux : De vous caicher vous n'en vauldrés que mieulx, Si vous n'estes bien tendue "^ et fardée ; 24 Pour Dieu ne dictes pas que je vous aye amée. »

' Gaulurcaiix : godelureaux. Voy. dans Littré des formes semblables.

'* Affecîreaux, mot formé comme cuidereau, plus usité: gens affectés, prétentieux.

5 MesprendrCy commettre une erreur, une faute.

^ Ordeux ou ordoux^ dérivé de ord, « sale » .

"^ Tendue. Il s'agit des artifices employés par les femmes, à l'aide des coiffes dont leur visage était entouré, pour tendre la peau de leur front et en effacer ainsi les rides.

« Et vous, quoquart* et puant marjolet, Pas n'estes digne d'estrc le mien varlet Pour abreuver ou penser m'hacquencc.

28 Pour Dieu ne dictes pas que vous m'aiez amée. »

« Vostre hacquenée vous fait souvent mesticr, Car elle sert bien a vostre mestier Pour souvent faire une grant chevauchée. 32 Pour Dieu ne dictes pas que je vous aye amée. »

« Quoy qu'il en soit, vous serez déboutez D'entre noz dames et a plat desmontez; Et quant serez illec la guelle bée, 36 Pour Dieu ne dictes pas que vous m'aiez amée. »

<( Et vous serez ung jour femme de bien ; Et que vauldrez? je n'ouse dire rien \ Chascun dira : Vella la verollée ^. 40 Pour Dieu ne dictes pas que je vous aie amée. »

Que faire s'amour me laisse ?

2 Nuit et jour ne puis dormir.

Quant je suis la nuyt couchée, 4 Me souvient de mon amy.

Je m'y levay toute nue, 6 Et prins ma robbe de gris ';

Passé par la faulce porte, 8 M'en entray en noz jardrins ;

* Quoquart, voy. xxxv, i3. — Marjolet, pour mariolct, diminutif masculin de mariole, marionnette, poupée; mot trèsusité à cette époque pour railler les jeunes gens trop élégants et de peu de fond.

• Ce mot range notre chanson parmi les plus récentes du recueil.

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