CIX
On doit bien aymer l'oysellet Qui chante par nature
- Segue, suivie.
3 Se rendre signifie proprement se faire religieux; de là un rendu, un moine.
GIX. — ' Cette chanson, dans sa première partie, paraît se rap-
Ce moys de may sus le muguet 4 Tant comme la nuit dure.
Il fait bon escouter son chant Plus que nul aultre en bonne foy; Car il resjouit maint amant :
8 Je le sçay bien quant est a moy.
Il s'appelle roussignolet,
Et met toute sa cure A bien chanter et de bon het- :
1 2 Aussi c'est sa nature.
Le roussignol est sur un houx Qui ne pence qu'a ses esbaz; Le faulx jaloux sy est dessoubz ib Pour luy tirer ung matteras \
La belle a qui il desplaisoit
Luy a dit par injure :
« Hellas! que t'avoit il mesfait, 20 Meschante créature ? »
porter à une version de l'histoire que raconte Marie de France dans le lai de l'Austic; et il est remarquable que certains traits se rapprochent plus de Marie que de la chanson bretonne, telle qu'elle est dans le Bar:^a^ Brei^ (b*^ éd., p. i5i). Il est d'ailleurs possible que les deux dernières strophes, qui seules offrent ce rapprochement, soient étrangères au reste de la chanson. — C'est sans doute notre chanson qui est citée, sous le nom de Y Oiselet, parmi celles sur lesquelles on danse dans le livre V de Pantagruel (ch. 33). Elle se retrouve dans le ms.de Bayeux et encore dans le Premier livre de Chansons à trois parties, publié en 1378 par Le Roy et Ballart.
' De bon het, avec entrain.
•'' Materas, trait court et gros.
— io8 —
M 'amour vous ay donnée, Mon amy, se m'ait Dieulx, Et sy ne pourroie mieulx 4 Pour estre bienheurée.
Le jour que ne vous voy Me dure plus de cent, Et sy ne sçay pourquoy Ne vous voy plus souvent; Je n'ay aultre pensée Ne de jour ne de nuict :
Je vous pry, mon amy, 12 Que poinct ne soye changée.
Sy je vous ayme bien.
C'est sans nul deshonneur; En noz amours n'a rien Que tout bien et honneur ; Mais langue envelimée Et les faulx envieux Dient qu'aymons nous deux 20 D'amours desordonnée.
Fault il pour leur parler Que j'esloingne mon cueur?
Vers vous je n'ouse aller :
N'esse pas grant malheur?
Par la Vierge honorée, Pas je ne m'en tiendray; A vous je parleray, 28 Et sarez ma pensée.
ex. — * Le premier vers de cette chanson a servi de thème à une discussion grammaticale terminée par Marot: voy. l'éd. Jannet, t. III, p. 32.
GXP
Mon mary m'a diffamée Pour l'amour de mon amy, De la longue demourée Que j'ay faicte avecques luy.
He! mon amy, En despit de mon mary Qui me va toujours bâtant, 8 Je feray pis que davant.
Aucunes gens m'ont blasmée Disant que j'ay fait amy :
La chose tresfort m'agrée, Mon tresgracieulx soucy.
He ! mon amy.
En despit de mon mary Qui ne vault pas ung grant blanc '^, i6 Je feray pis que davant.
Quant je suis la nuyt couchée Entre les braz mon amy, Je deviens presque pasmée Du plaisir que prens en luy.
He ! mon amy^ Pleust a Dieu que mon mary Je ne veisse de trente ans !
24 Nous nous donrrions du bon temps.
[a Sy m'amyc est courroucée, Pensez que j'en suis marry ; Car elle est sy mal traictée Pour l'amour de son amy. »
CX.I. — * On retrouve cette chanson dans le recueil Lotrian, et la première strophe dans le ms. fr. 1597. * Grant blanc, monnaie d'argent.
« He ! mon amy, En despit de mon mary Qui ne m'ayme tant ne quant, 32 Je feray pis que davant. »]
Si je pers ma renommée Pour l'amour de mon amy, Point n'en doy estre blasmée, Car il est coincte et joly.
Hel mon amy^ Je n'ay bon jour ne demy Avec ce mary meschant :
40 Je feray pis que davant.
Ma seulledame, sur ma foy,
Plus ne vivray journée Si vous n'avez pitié de moy :
Ou estes vous allée?
5 Je meurs et mourray sy ne vous voy.
L'on doit bien aymer loyaument
Quant on a belle amye^ Mais qu'on sceust bien certainement
Que ne luy fust ravye ^ ; Je ne le dyz pas tout pour moy :
J'en ay une aultre amée A qui j'ay mon amour donné.
Ou estes vous allée ?
14 Je meurs et mourray sy ne vous voy.
CXII. — * Il taut remarquer cette construction où le pron. luy se rapporte à on, Von, dans lesquels par conséquent on sent encore le sens primitif de « l'homme ». On rencontre quelquefois cette tournure au douzième ou au treizième siècle, mais elle surprend au quinzième.
J'ay chevauché plusieurs pays,
Aussy mainte contrée, Mais point n'en treuve a mon advis
A qui soit comparée :
Je Tayme, non pas elle moy ;
N'esse pas grant foUye?
Je suvs en ung terrible esmoy.
Ou estes vous allée?
23 Je meurs et mourray sy ne vous voy.
DouUeur et tristesse m'assault^
Aussy mellencolye, Qui me tourmentent si tresfort
Que j'en perdre la vie ; Raison pourquoy ? elle a mon cueur,
M'amour et ma pensée; Long temps y a., je vous asseur,
Qu'elle est ma mieulx amée.
32 Je meurs et mourray sy ne vous voy.
Laissez jouer jeunes gens.
Jeunes gens doyvent jouer, Nul ne les en doibt reprendre, Rire, chanter et dancer.
Et faire tout ce qu'ilz pensent. Quant ung homme a soixante ans Et jeune femme le prent, Elle est folle et s'en repend.
9 Laissez jouer jeunes gens.
Nous prirons au doulx Jésus Qu'il leur doint malle meschance, A ces vieillars tout chenus
Qui parlent de nos enffances * :
Plus en dient qu'il n'y a ; Mais Dieu les en pugnira Au grant jour du jugement.
17 Laissez jouer jeunes gens.
Par beau semblant j'ay bien esté desceu De la belle de qui je me lioye; Aultre chose pour l'heure m'atendoye 4 Fors seullement ce qui m'est advenu *.
Je cuidoye bien de dame estre pourveu, En espérant qu'elle fust ma maistresse Et pour gecter mon cueur hors de tristesse ; 8 Mais je voy bien que j'ay mon temps perdu.
De toy me plains, Fortune,, que veulx tu ? Qu'ay je méfiait? dy moy donc pour quoy esse? Esse par toy qu'on me fait tel rudesse 1 2 Et qu'on s'ennuye de m'avoyr jamais veu ?
Que feray je, de tout bien despourveu Et desvoyé de chemin et d'adresse ? Laisser te fault le plaisir qu'en jeunesse 16 Tu as trop prins : il t'est bien cher vendu.
CXIII. — * De nos enffances, de notre conduite juvénile, de la manière dont nous passons notre jeunesse. Dans les poèmes chevaleresques, les enfances sont les premiers exploits d'un héros.
CXl\'. — ^ Je m'attendais à toute (autre) chose, excepté à celle qui m'est arrivée.
Resjouissons nous\ tous loyaulx amoureux . Chantons ensemble tout d'un vouloir joyeulx A la venue de ce doulx temps d'esté ; Espérons donc ung chacun d'avoir mieulx. Et ne soyons plus melencolieux Puisque nous suymes mis hors d'aversité :
Reculés vous,
Soucy, de nous ;
Arriére ! arriére !
Faisons grant chère 1 1 Sans estre recuillyé ^ de vous.
J'ay enduré plus de mille douleurs Par le regard seuUement de ses yeulx, Qui ja pieça syont mon cueur navré : Mais non pourtant malgré les envieulx Je l'aymeray tousjours de myeulx en mieulx En espérant d'estre recompensé.
Reculiez vous,
Soucy, de nous ;
Arriére ! arriére !
Faisons grant chère 2 2 Sans estre recueillie de vous.
Ce mois de may qui est tant gracieulx Relèvera ces povres langoreulx ;
CXV. — * Sur la mesure de ce mot. cf. lxxii, 19; mais voy. ci-dessous , v. 25.
2 Le mot recuillyé, qui est écrit deux fois à peu près identiquement, n'est pas clair. J'y vois la trace d'une conjugaison fautive du verbe cueillir, cueiller, qui se présente anciennement (cependant je doute de l'authenticité de cueille, 3^ pers. du sg. de l'ind., dans le Châtelain de Coucy, cité par Littré), s'est maintenue dans plusieurs provinces, et s'est fortement mêlée, dans le français littéraire, à la conjugaison régulière (sing. de l'ind. présent, futur, impératif).
Tel jouyra qui banny a esté;
Allors seront vrais amans bien eureux,
Et chanteront tousjours de myeulx en myeulx
Ce que devant a esté recité :
Reculiez vous,
Soucy, de nous;
Arriére ! arriére î
Faisons grant chère 33 Sans estre recueilhé de vous.
ex VI
Dessoubz ung genectay * fleury Je trouvay une gaie bergére, Qui faisoit chappel de fougère 4 En actendant le sien amy;
Et chantoit ung chant si jolly Avecques tant belle manière : Elle n'estoit peu ne grant fiére; 8 Oncques mais telle je ne vy.
Quant son chant ung peu j'euz ouy, D'elle m'approche, et me fist chère ; Mais bien me deust couster l'enchère' 12 Ains que de la fusse party.
Carde loing Robin je vous vy Pas a pas venant par derrière Pour me surprendre ; mais la guère i6 Plus je n'artay^, et m'en fouy.