‹ Chansons du 15e siècle, publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de ParisChapitre 49 sur 100 · CXXX · texte numérisé non relu

CXXX

Je m'y levay par ung matin

La fresche matinée Et m'en entray en ung jardrin 4 Pour cuillir girofflée ;

Et m'en entray en ung jardrin

Pour cuillir girofflée, Et je trouvay le myen amy 8 Qui dormoit sur laprée;

Et je trouvay le myen amy Qui dormoit sur la prée; Et je luy feis ung oriller I 2 D'amours et de pensée;

* Ce vers est bien probablement altéré.

CXXX. — * Comparez avec ce début (qu'on retrouve presque semblable dans le ms. ibfjj) celui de la ch. civ.

Et je luy fis ung oreiller

D'amours et de pensée^ Et il me print a demander 1 6 Sy j'estoye mariée.

Et il me print a demander

Sy j'estoye mariée : c( Nenny^ beau sire, en bonne foy :

20 Amours m'en ont gardée.

a Nenny, beau sire^ en bonne foy;

Amours m'en ont gardée :

Il vault bien myeulx avoir amy 24 Qu'estre mal mariée.

« Il vault bien myeulx avoir amy

Qu'estre mal mariée; Car on change bien son amy 28 Pour une courroucée ^;

« Car on change bien son amy

Pour une courroucée; Mais on ne peult changer mary 32 Jusqu'à la mort finée.

« Mais on ne peult changer mary

Jusqu'à la mort finée; Et encore quant il est mort, 36 On n'est pas acquittée ;

« Et encore quant il est mort^

On n'est pas acquittée ; Car il en fault porter le dueil 40 Tout du long de l'année ;

« Car il en fault porter le dueil Tout du long de l'année,

' Pour une fâcherie.

Lechapperon tout rabatu, 44 La robbe deffourée' ;

a Le chapperon tout rabatu,

La robbe detfourée. »

Nous en iron jouer au boys 48 Soubz la belle ramée;

Nous en iron jouer au boys

Soubz la belle ramée, Et chanterons ung chant piteux 52 Pour les maumariées *.

Helas ! je pers mes amours.

Par ung matin m'y levoye Plus matin que ne souloye^ Ung petit devant le jour.

5 Hellas ! je pers mes amours.

En mon verger a une ente^, Qui fleurist quant luy commande Et n'aporte qu'une flour.

9 Hellas ! je pers mes amours.

L'alouette est sur la branche.

Qui pleure et qui se tormente Et démène grant doulour.

I 3 Hellas ! je pers mes amours.

Elle dit en son langaige :

« Amours qui vont par messaige *

^ Deffourée , dépouillée de fourrures. Le deuil interdisait aux femmes l'usage des founoires.

* Cf. la note sur la ch. v.

CXXXL — * Une ente, un jeune arbre destiné à être greffé, ou nouvellement greffé.

' Les amours qui ont recours à l'intermédiaire de messagers; cf. ch. cv.

Ne sont pas sans traison.

17 Hellas ! je pers mes amours.

« Amours qui sont bien selées Sont tousjours les myeulx aymées Et par droit et par raison. »

2 1 Hellas ! je pers mes amours.

Et, mon Dieu ! que c'est grant peine Quant deux jeunes gens s'entrayment, Las ! pourquoy les départ on ?

25 Hellas ! je pers mes amours.

Hellas ! j'ay perdu m'amye, Dont je me tiens bien de rire, Et soupire nuyt et jour.

29 Hellas! je pers mes amours.

cxxxn

Il n'y a icy celluy

Qui n'ait sa belle amye ; Je ne le dy pas pour my :

La myenne n'y est mye.

Elle est bien a son plaisir Celle qui a son désir ; Elle est bien a son plaisir, 8 Mais Je ne l'ouse dire.

Or doy je bien au jour d'uy

Chanter : ha ! qu'il m'ennuye Veu que porte tant d'ennuy

Et de melencolie ; Dueil, courroux et desplaisir Sont venuz mon cueur saisir ; Dueil, courroux et desplaisir 16 Me font souffrir martire.

A la rigueur suis pugny

Quant ma joye est bannye.

Et me voy du tout banny De toute compaiguye^ Quant ma dame a prins loisir D'autre amy que moy choisir, Quant ma dame a prins loysir 24 De tous points m'escondire.

Or n'est il de sensgarny

Qui fait telle follye Que pour ouy ou nenny

Au train d'amours se lye :

A l'entrée et au saillir Danger y a d'y faillir, A l'entrée et au saillir 32 Trop de mal on y tire.

Dame n'a cueur anobly Mais pensée aservie, Mectre celluy en oubly

Qui sy bien l'a servie ' 1 Il se peult bien esjouyr Qui d'elle pourra jouir.

Il se peult bien esjouir, 40 Mais je ne voy que rire.

Roussignolet mon aniy.

Par amour je te prie,

Ne prens repoux ne demy Mais tousjours chante et crye.

Tant que puisse parvenir

CXXXII. — * La construction de ces vers est bizarre, mais je ne crois pas devoir la redresser. Le f>octe voulait dire : 't Celle-là n a pas le cœur noble, mais bien l'âme servile, qui met en oubli, etc., » mais il a changé tout à coup la forme de sa phrase.

— I jb —

Au point ou je vueil venir, Tant que puisse parvenir 48 A ce que je désire.

J'ay ung mary qui est bon homme :

Il prent le pot et va au vin, Et puis en boit ung bon tatin Tandis que je fais la besongne.

5 Le bon homme !

Or pleust a Dieu qu'il fust a Romme Et que je feusse dans Paris Entre les braz de mon amy.

Mais qu'il me feist bien ma besongne.

10 Le bon homme!

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