‹ Chansons du 15e siècle, publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de ParisChapitre 48 sur 100 · CXXIX · texte numérisé non relu

CXXIX

Ilz sont bien pelez ceulx qui font la gorre; Ils sont bien pelez et d'argent vuidez.

Ces mignons gorriers^ quant vient le dymanche, Hz semblent fourriers- a tout leurs grans manches;

2 Barde. Ce mot, d'où dérive barder, signifie la selle de combat qu'on mettait au cheval. Cependant bctrde^ (pour bardes?) dans Coquillart, t. I, p. 174, signifierait, d'après M. d'Héricault, « chevaux de somme ». Un sens analogue conviendrait bien ici.

' Strophe évidemment ajoutée par un glossateur d'humeur pacifique.

CXXIX. — * Cette peinture vive des gorriers, ou gens à la mode, s'applique naturellement à ceux d'entre eux qui voulaient mener grand train sans en avoir les moyens. Ne dirait-on pas que notre chanson a pour auteur un de ces pauvres varlets dont elle retrace les misères?

- Fourrier. Je ne saurais dire ce que l'auteur entend au juste ici par fourriers, et pourquoi ils avaient de grandes manches. Les grandes manches sont présentées ailleurs comme l'indice d'un luxe excessif.

Pourpoint descouppez pour aller en danse : 6 C'est pour atrapper filles a marier.

Hz portent bonnet par dessus l'oreille, Large en vérité comme une corbeille; S'ilz ont pouvreté ce n'est pas merveille, 10 Car trop la moictié en font sans pitié.

Portent brodequins, soulliers a oreilles ; Et tous les matins il leurfault deux seilles D'eau pour les laver, pour faire la gorre^ : 14 Leurs pouvres varletz en ont mains souffletz.

Quant vient au partir de l'ostellerye, Hz n'ont pas ung blanc, et l'ostesse crye : << Payez que devez, que maulgré ma vie ! 18 Ou vous y lerrez chevaulx et coursiers. »

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