‹ Chansons du Chat noirChapitre 7 sur 9 · DU BON SAINT LABRE · texte numérisé non relu

DU BON SAINT LABRE

Un jour le bienheureux Labre Se promenait au soleil ; Il s'assit dessous un arbre, Pour se livrer au sommeil.

Vint à passer un pauvre homme, Tout nu, qui tremblait de froid, En faisant des gestes comme Un ministre sans emploi :

« Ah ! pauvre homme, je devine Pourquoi tu trembles si fort.

Prends, pour couvrir ton échine, Ma chemise en toil' d'Oxford.

Voilà quinze ans que j" la traîne Jour et nuit par tous les temps!

Que Dieu sous sa garde prenne Les puces qui sont dedans ! »

Quand le pauvre eut mis la ch'mise, Il tremblait toujours autant :

« Mûint'nant, faut contre la bise Garantir ton bienséant.

Ami, voilà ma culotte, Garde-la comme un trésor :

C'est la premier' fois que j' l'ôte Depuis mon tirage au sort. »

Quand il eut couvert son torse, Le pauvre tremblait encor.

Mais, sous une rude écorce, Le saint cachait un cœur d'or :

« Tiens, dit-il, dans ces chaussettes Mets tes pieds avec respect; C'est celles des grandes fêtes, J'ai fait 1' tour du monde avec ! »

Quand il eut mis les chaussettes.

Le pauvre tremblait encor :

« Ami, couvre-toi la tête De ce modeste castor.

Garde-toi de mettre en gage Ce souvenir précieux, Car c'est l'unique héritage, Que m'aient laissé mes aïeux! »

Quand il eut coiffé le feutre

Le pauvre tremblait encor :

« Ah, dit r saint, quoi donc lui feiilre,

Pour l'arracher à la mort?

Dis-moi quelle est ta souffrance, Pourquoi que tu trembl' ainsi? »

— « C'est que depuis ma naissance J'ai la danse de saint Guy ! »

UNE PLEINE EAU

CHANT

PIANO '

UNE PLEINE EAU

Allegretto

La s'iiiaiiie, et sur. tout l'di . man . che, Çà de . \rail ijas et' per

A Pa . ris, la Seine est trou', ble Et çà n'est pas drfll' du

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très ièger.

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tout, D'bar . bo ter d;tns du gras dou ,.ble; J'm'en vas m'bai . gner à Cha . tou .- K Cha .

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UNE PLEINE EAU

La s'maine et surtout 1' dimanche, Ça devrait pas et' permis De nager et d' fair' la planche Dans Feau qui coule à Paris.

A Paris, la Seine est trouble Et ça n'est pas drôl' du tout, D' barboter dans du gras double J' m'en vas m' baigner à Chatou.

A Chatou, près d' la rivière,

Je me transporte aussitôt;

Mais j' me dis : « L'eau n'est pas claire,

Allons nous baigner plus haut. »

Je marche et j'arrive en face

Du dépotoir de Saint-Ouen ;

Alors je fais un' grimace,

La Seine est jaun' comme un coing.

Je r'mont' le cours de la Seine Toujours sur le bord de l'eau.

En m' disant tout bas : « Pas d' veine. Allons nous baigner plus haut ! «

Plus haut, près du pont d'Asnières, J' m'apprête à faire un plongeon; Mais le fleuv', chos' singulière.

Est plus noir que du charbon !

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Je r'mont' le cours de la Seine Toujours sur le bord de Teau, En m'disant tout bas : « Pas dVeine, Allons nous baigner plus haut! »

Au détour de Courbevoie Je m'écri' : « C'est là, parbleu, Que j' me baign'rais avec joie, Mais le liquide est tout bleu ! »

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Je r'mont' le cours de la Seine Toujours sur le bord de l'eau, En m' disant tout bas : « Pas d' veine, Allons nous baigner plus haut ! »

Bientôt j'arrive à Suresne Près d'un site ravissant; Mais soudain je vois la Seine Qui devient couleur de sang!

Je r'mont' le cours de la Seine Toujours sur le bord de l'eau, En m' disant tout bas : « Pas d' veine, Allons nous baigner plus haut! »

Plein d'une ardeur opiniâtre.

Je pousse jusqu'à Meudon ; Mais là le fleuve est blanchâtre Et roui' des flots d'amidon !

Je r'mont' le cours de la Seine Toujours sur le bord de l'eau, En m' disant tout bas : « Pas d'veine, Allons nous baigner pfus haut ! »

Enfin, trouvant Teau moins grasse, Je m' décide à Billancourt :

J' pique un' têt' dans la carcasse D'un chien crevé d'puis quinz' jours !

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Depuis c' jour-là je m' méfie Et, chaqu' soir, de huit à neuf, J' m'en vais sans cérémonie Tirer ma coup' sous 1' Pont-Neuf!

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