XXXIX
Av'ous ' point veu la Perronnelle 2 Que les gendarmes ont emmenée ?
Hz l'ont abillée comme ung paige :
4 C'est pour passer le Daulphinc.
XXXIX. — * Cette chanson, malgré son peu de valeur, a été extraordinairement populaire. Notre manuscrit seul en a conservé le texte complet, mais les quatre premiers vers se retrouvent dans la farce de Calbain, au milieu du seizième siècle, et, ce qui est plus remarquable, dans la Comédie des Chansons {Ane. Th. /'>., IX, 129) au dix-septième, La Monnoyecite aussi cette chanson comme du temps de Louis XII (voy. Littré, au mot pe'ronelle)^ je ne sais d'après quel texte (La Monnoye imprime à tort, ainsi que les éditeurs des deux comédies ci-dessus citées. Avons). Elle est mentionnée dans une pièce du seizième siècle {Poés. franc., VIII, 3o3), et dans les chansons à danser du livre V de Pantagruel. Péronellc est devenu un nom commun, non pas, comme le dit M. Littré,' par un développement analogue à celui d'autres noms propres, mais grâce à la popularité de la chanson (voy. l'exemple cité par lui d'un pamphlet du dix-septième siècle , où figure encore la Péronelle, c'est-à-dire celle de la chanson). En Provence, le souvenir de la vieille chanson est seul resté populaire ; on dit cantar la Peronelo^ dans le sens de « parler pour rien, chanter » (voy. Alirèio, ch. 11, p. i58; il semble, d'après ce passage, qu'il s'agisse d'une chanson connue, mais je tiens de M. Mistral que cette locution est employée dans le sens que je viens de dire). Dans Oudin, Curiosité^ françoises, p. 3 16, on trouve : « Chanter la perronelle., dire des sottises, niaiser. » — Perronnelle est proprement le diminutif de Perronne, nom de femme formé sur Pierre. Je ne sais si la chanson fait allusion à un personnage réel.
* Av'ous, pour ave^ vous, contraction usitée aux quinzième et seizième siècles (encore, par exemple, dans les poésies de la reine de Navarre). Pour l'élision apparente d'une syllabe accentuée, comp. XI, I. Si je supprime le v de vous et non celui de ave^ (a'vous), c'est qu'on trouve des formes comme ven'ous. croy'ous.
Elle avoit troys mignons de frères, 6 Qui la sont allez pourchasser.
Tant Pont cherchée que l'ont trouvée 8 A la fontaine d'un vert pré.
« Et Dieu vous gard, la Perronnelle!
lo Vous en voulez point retourner? »
« Et ncnny vraiement, mes bcaulx frères 12 James en France n'entreray.
« Recommandez moy a mon père 14 Et a ma mcre s'il vous plaist. »
*^ Je vous cscry de ma pencée, A vous que j'aymc par amours- Pourtant si je suis loing de vous, 4 Je ne vous ay pas oubliée.
• « Ma fantazie est tant troublée De quoy faictes si long séjour Sans venir vers moy de retour :
8 J'ay paour que ne soyez changée.
« Hellas ! je vous ay tant aymée Et aymeré de jour en jour :
James je ne feray séjour I 2 Q.ue je ne vous aie embrassée. »
« Mon bel amy qui tant m'agrée, Je vous remerciray ung jour, Mais que soye couchée près vous, ] 16 Comme ay esté mainte nuytée.
« Dieu vous envoyé bonne journée, En me recommandant a vous Comme celle qui par sus tous 20 Vous ame plus que femme née. ».
XLP
Le perier^ qui cherge'* souvent Doit bien avoir soûlas et joye, 3 Quant le dieu d'amours s'i actent^
En ce perier a une fleur Qui est plus blanche que christal; Plus vermeille en est la couleur 7 Que n'est ne rose ne ccndal ^ ;
Et tout cntour boutons d'argent, Qui sont fermez a latz de soye :
10 On y preist son esbatement.
En ce perier y a ung fruict :
De le cuillir il en est temps; Le jalloux est au pié qui bruict 14 Et crie comme ung hors du sens ^,
Et va disant : « Comment! comment!
Vous y savez trop bien la voye :
1 7 Vous y venez secrètement. »
XLI. — * Cette chanson se lit encore dans le ms. de Baycux et dans le recueil Lotrian de i543.
2 Perier, du lat. vulg. pirarius, tandis que poirier est refait sur poire.
' Cherge pour charge, encore usité dans les patois du Centre et de l'Ouest. Charger est pris ici dans le sens de « porter du fruit. »
* Ce vers n'est pas clair ; je comprends : « Puisque le dieu d'amour lui même en prend soin. »
"'» Cendal, étoffe de soie rouge.
' Ung hors du sens, locution substantive équivalant littéralement à « un forcené ».
XIJI '
C2 uaiU je voy renouveler La gracieuse saison, Mon cueur est bien en prison, 4 Quant je n'ouse plus chanter.
Las! je n'y chanteray plus :
Mon cueur est trop doloreulx, Quant le Vaudevire est jus 8 Qui souloit estre jouyeulx.
Et blanche livrée porter, Chascun ung blanc chapperon, Tout par bonne intencion 12 Noblement sans mal penser.
A Dieu soit* esbatement Et le joly dieu d'amours :
Je le quitte entièrement, 1 6 Sy de luy je n'ay secours.
Vray dieu d'amours, sans tarder Oustez mon cueur de prison, Et luy donnez garison, 20 Ou je suis au trespasser.
tn desconfort je suis sy durement Et suis entré en nouvelle pensée,
XLII. — * Voy. la préface sur cette chanson et les autres qui se rattachent au Vaudevire. Celle-ci se retrouve dans le ms. de Baycux, dans celui de Vire, et dans le livret publie en 1543 par A. Lotrian.
* A Dieu soit. vov. vu. 3o.
Quant la belle ne fait a mon tallant, 4 De quoy mon cuer a si grant désirée.
Je cuidoye bien estre pourveu d'amye A moy tousjours tout le temps de ma vie, Mais ung aultre en est maistre et seigneur; Elle m'a fait bien peu de courtoisie Quant d'avec moy elle s'est départie : lo Car j'en cuidoye estre le bien grcigneur'.
De convenant de femme ce n'est rien : IP ont bien tost mys ailleurs leur pensée. Tousjours leur iault nouvel apointemcnt ^, 14 Et sy leur Iault la manche bien fourrée*.
Soubz une aubépine fleurie Il m'est venu souvenemcnt D'une fleur plaisante et jolye 4 Que j'ay désiré longuement.
En vérité me prent envie D'aler veoir la belle au cueur gent^
XLIII. — ' « De beaucoup le plus grand )> de ses amis, c'està-dire le plus cher.
* //, comme 1/7, voy. xxxvni, 20.
* Apointemcnt, voy. xv, 7.
^Fourrer la manche équivaut à « graisser la patte »; cf. rit. buona manda ou simplement manda, « pourboire ». On a dit aussi /oz/rrcr la paume (voy. l'historique de Littré au mot fourrer), fourrer la pâte (Gresban, Passion, v. 3o62i), fourrer le poignet {Poésies attribuées à Villon, éd. Jannet, p. i36), et, moins bien, fourrer au poignet (Collerye, p. 60).
XLIV. — * Cette chanson se retrouve dans le ms. de Baycux; le recueil de i343 d'A. Lotrian en contient une qui commence de même, mais qui diffère beaucoup après le premier couplet.
Mais je crains tant et me desHc 8 De ce faulx traître médisant.
Sy j'en dcvoye perdre la vie, Sy iray je tout droit vraymcnt Au lieu ou demeure m'amye :
I 2 Car je l'ayme perfcctement.
Ung espervicr venant du vert boucaigc : Il est jolis et de noble façon; Sy je le puis tenir pour mectre en caige, 4 J'iray voiler le temps et la saison.
J 'iray voiler* si tresparfectement Que les jaloux seront bien esbahiz : Et sy je trouve nulle maulvaise gent. 8 Je leur diray que je quicrs la perdris.
Mais je querray la belle au cler visaige, Celle qui tient mon cuer en sa prison ; A la ser\ir je mectz cueur et couraige : 12 Par mon serment j'ay bien droit et raison.
Les faulx jaleux sont dolens et marris : Le filz de Dieu les vueille tous tuer. Et trestous ceulx qui gardent de jouir 1 6 Vrays amoureulx qui en sont tant coursez ' î
XLV. — * Cette chanson se retrouve dans le ms. de Baycux et dans le recueil Lotrian de i543.
* Voiler, chasser au vol, à l'oiseau. On dit aussi de lépcrvicr qu'il vole le gibier qu'il prend. De là le fr. mod. voler. qui est inconnu à la vieille langue, et qui n'a aucun rapport avec embler. lequel dérive de involare, littéralement t empaumer » [vola est le creux de la main). M. Littré l'a très-bien reconnu contre Diez, mais il n'a pas bien expliqué involare.
3 Courser, abréviation de courroucer.
J'en congnois bien ung,qu'a peu qu'il n'enraige Quant il me voit auprès de sa maison : Mais s'il debvoit mourir de malle raige, 20 Si convient il qu'il en viengne a raison.
Vecy la doulce nuyt de may Que l'on se doibt aller jouer.
Et point ne se doibt on coucher :
4 La nuyt bien courte trouveray.
Devers ma dame m'en yray, Si sera pour la saluer Et par congié luy demander 8 Si je luy porte ray le may^
Le may que je luy porteray Ne sera point ung esglantier.
Mais se sera mon cueur entier 1 2 Que par amour luy donneray.
[Et quant j'y eu assés esté, Ung seul baiser luy demanday; Elle m'a dit : « Allez, allez ; i6 Aultre chose de moy n'aurez. »!
Ma chère dame que je désire tant, Souffrez que soye vostre loyal amant : Tout mon vivant Autre ne serviray ; 5 Je suis a vous et tousjours je seray.
LXVI. — * On sait qu'au i*"^ mai il était d'usage d'apporter un jeune arbre du bois et do le planter sur la place publique. Les galants, pendant la nuit, plantaient également des 7}iais sous les fenêtres de leurs maîtresses.
J'aymcrais miculx mourir tout maintenant Que je ne fusse loyal tout mon vivant. En espérant D'avoir de vous mercy :
• o Vous estes celle que mon cueur a choisy.
S'a vous aymcr j'ay trop hault cntreprins, Autre qu'amours n'en doit cstrc rcprins; Car j'en suis prins Tant amoureusement 1 3 Qu'impossible est d'eschappcr nullement.
Toutes sont dames, ce dit on, en amours' : Il est bien vray, je le voy tous les jours; Car j'ay pour vous Tant de mal a porter 20 Que plus n'en puys sans la mort endurer.
Pour Dieu, ma dame, advisez a mon cas : De vous a moy ne fault nulz advocatz, Certes non pas Quant il vous plaira bien;
2 5 Pensez y donc : plus suis vostre que myen.
Pardonnez moy si je ne vous sers bien A vostre gré, dame, non pas au myen : Sur toute rien Complaire je vous vueil, 3o Au moins que j*aie de vous un regard d'ueil.
Helas! ma dame, ayez pitié de moy; Car je vous jure loyaulment sur ma fov, Foy que je doy A Dieu mon créateur,
3 5 Qu'en moy avez ung loyal serviteur.
XLVII. — ^ Proverbe : toute femme est une dame pour celui qui l'aime. \'oy. le ms. de Baveux, ch. xlii. v. 5.
Adieu vous dy, ma dame par amours; Je prie a Dieu qu'il nous vucille lousjours Et moy et vous Garder de deshonneur :